Le premier café du matin

Le premier café du matin…

Je suppose que c’est comme la première cigarette pour les fumeurs, c’est celle-là la meilleure. La cafetière répand son arôme corsé dans toute la maison avec un sifflement liquide. J’aime préparer le café, le faire calmement, en comptant chaque geste, chaque parfum, chaque son : replier les bords du filtre, l’humidifier un peu pour sublimer l’arôme, compter les doses de café… Je regarde les premières gouttes qui tombent au fond de la verseuse, comme des larmes de sang noir, en embuant la paroi. C’est parti.

Maintenant, la tasse est entre mes mains, brûlante, fumante ; ça sent bon. Le café est fort et fait du bien. J’aime cet instant. Je suis assise à mon bureau, j’ai allumé l’encens ; sa fumée se mêle à celle du café et monte, toute droite d’abord, en forme de V, puis se perd en volutes compliqués. C’est puissant comme un volcan et apaisant comme un lac… Je me sens loin, très loin de ce monde matériel, comme si mon esprit menait une vie parallèle à celle de mon corps. Etrange sensation.

L’encens se termine et a embaumé tout le bureau. Ce genre de moment me rend positive, alors que pour certains, chaque plaisir coûte, comme si on l’avait volé, usurpé, qu’on ne le méritait pas, comme si l’on s’interdisait d’être « simplement » heureux parce qu’on pense que le bonheur n’est pas pour nous. Le bonheur, ça ne se mérite pas, il n’est dû à personne. Il faut apprendre que le goût du bonheur se cultive comme une plante rare. C’est un art difficile. On a trop tendance à refuser les choses qui rendent heureux parce que nous sommes par nature insatisfaits.

Au lieu d’avoir envie d’être mort, chaque jour on peut choisir de vivre.

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