Il y a un monde en dehors de toi

(Sculpture Michel Alfano, Introspection)

Il y a un monde en dehors de toi.

Un monde qui sent, qui bruisse et qui bouge. Un monde qui fourmille, qui renifle, qui crie. Un monde qui se meut, qui se meurt, qui s’assagit, ressurgit, inlassablement, indéfiniment, inéluctablement.

L’espace qui est en dehors de toi t’interroge violemment, toi, boule de chair perturbant le système. « Que fais-tu là, toi ? ».

Tu ne comprends pas. Tu étais en dedans ; tu te retrouves en dehors. Tu vois, tu « te » vois, misérable vermisseau issu du ventre de la Terre nourricière.

Tu n’avais pas conscience du dehors. Tu croyais que ton dedans était tout l’univers. Tu n’avais d’yeux que pour lui. Et ton pauvre nombril maintenant inutile te rappelle que tu n’es pas premier, mais résultant. Tu n’es pas dernier, tu es futur géniteur. Tu n’es pas le seul, tu es multiple. Tu n’es pas tout, mais partie. Dans l’espace du dedans, il n’y avait que toi. Dans l’espace du dehors, il y a des millions de toi.

Tu regardes, hébété, hagard, cette vie que tu n’as pas voulue et qui t’attend maintenant. Tu te retournes ; le dedans qui t’a nourri a disparu. Tu es au dehors, tu es seul. Tu dois trouver la place du dedans dans l’espace du dehors. Tu es né, tu dois mourir, mais pas maintenant. Tu n’as pas le choix : tu vis.

Incrédule, tu hésites à te mouvoir dans le dehors hostile. Tu oses un pas, puis deux, surpris de ne pas sombrer dans un gouffre anonyme. Le ciel est bleu, le soleil est chaud, l’herbe est tendre et l’eau te mouille. Etonné, tu fais ces découvertes avec tes doigts, ta peau, tes yeux, ta langue, surpris que la surface de ton dedans soit si sensible à l’espace du dehors. Tu avances encore, trembles, sues, chutes, te relèves et apprends la douleur. Tu t’arrêtes, t’endors, ris, rêves et apprends la douceur. Le dehors t’accepte, t’entretient, te fais sien, te stimule. Tu t’enhardis, ne recules pas, expérimentes ; touches, goûtes, écoutes : tu grandis.

Peu à peu, le dehors interpelle ton dedans. Tu t’interroges alors, tu te retournes pour la première fois sur toi. Tu t’insatisfaits, révolutionnes tout, recommences. Tu réussis, rates, apprends de tes échecs, combats, vaincs : tu te construis.

Plus tu parcours l’espace du dehors et plus ton dedans s’étoffe, se modifie, s’enrichit. Tu rencontres d’autres dedans ; tu aimes, détestes, détruis, reconstruis. Tu échanges, comprends, défends, tu lis, tu te lies : tu t’épanouis.

L’espace du dehors n’a presque plus de secrets pour toi, mais ton dedans reste encore une énigme. Alors tu t’arrêtes, tu te détaches, tu t’introspectes, t’analyses, te flagelles. Tu rends grâce de la beauté, tu pardonnes des horreurs, tu ouvres ta sensibilité, tu cherches l’Infini : tu pries.

Vacillant dans ton enveloppe physique, confiant, tu abordes la dernière limite. Tu n’as pas peur, tu vas mourir. L’espace du dehors se referme sur le dedans ; le dedans n’a plus d’espace. Tu es mort : tu t’es accompli.

Et le monde en dehors de toi accueille un nouveau toi. L’espace du dehors, infini, éternel, n’a pas de mort, n’a pas de ciel. Tout recommence. C’est la Vie.

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