Soliloque pour un absent

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… Et tu es là. Comme une ombre.

J’ai beau masquer les fenêtres, cacher le soleil, la lumière du jour, tu restes. Me rendre aveugle, ne plus voir ton fantôme. Avoir le courage de t’oublier, te ranger dans la pochette à souvenirs. Te vouer au passé, regarder l’avenir. Mais tu es trop présent. Ce n’est même pas ta faute. A peine la mienne. C’est « ainsi ».

Parfois, le désir de ne plus penser, de m’oublier, de n’être qu’une petite chose sans sentiments, sans passions, sans âme. Juste une poupée qu’on pourrait utiliser à sa guise sans qu’elle ne s’émeuve de quoi que ce soit.

Tu ne veux plus. Je voudrais bien ne plus vouloir. Je ne sais même pas pourquoi je t’écris cela.
Tu n’as que faire de mes sentiments.
Je n’ai que faire des miens.

Tu ne m’aimes pas. A peine si tu me méprises. Je t’indiffère.
C’est peut-être le plus banal, mais le pire à admettre.

J’ai menti. Revêtu mon coeur de l’innocent costume de l’amitié.
Mon amour te fait peur.
Me fait peur. Il ne m’avancera à rien. Toi non plus. Mais il existe.
Tu n’y peux rien.
Je n’y peux rien.

Le détruire est impossible. L’ignorer est trop douloureux. Alors le vivre, le garder, comme un jardin secret. A peine une ecchymose. Juste une cicatrice.

Cri d’une chair insatisfaite, dis-tu ? Même pas. J’aime ton ombre. Ce que tu représentes. Même pas besoin de concrétiser. Ni de retour. Encore moins de partage.
Juste le reconnaitre, l’accepter. Ce serait à sens unique. J’en souffrirai peut-être.
La souffrance est supportable quand elle aide à vivre.

C’est stupide, je sais. Mais j’en ai assez de mentir.
J’ai tout déguisé pour te rassurer.
Me rassurer aussi.
Mais pas envie de te perdre.
De me perdre.

Nous aurions pu continuer comme c’était.
Mais tes silences étaient trop longs. Tes absences trop sourdes. Tu manquais.
Je te rendais présent en connaissant tes lettres par coeur.
Chaque phrase. Chaque mot.
Même les plus anodins.
Même les plus ignobles.
Le moindre mot que tu m’as donné m’emplit. Et me vide à la fois.
J’ai honte de ce que je t’écris. Je n’ai rien à t’offrir. Et je demande beaucoup trop.
Tu m’en mépriseras sans doute un peu plus. Peut-être voudras-tu te débarasser de moi. Rompre les amarres. Les chaînes, dis-tu.
Tu me renverras à mon insignifiance. Je ne vaux peut-être que ça, après tout. J’ai eu la faiblesse, la folie de penser que je valais mieux.

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Je voudrais mettre le point final à cette lettre grotesque et indécente… et l’ouverture de « Peer Gynt » s’envole sur ma platine. C’est grand. Je me sens petite. Insignifiante. Soudain, l’effrayante conscience de n’être rien – ou pas grand chose.
Dérisoire. Ce mot qui me poursuit. Et cette interrogation. Lancinante. Comme une mélopée.
« Ecrire, à quoi bon ? »
Tout a été dit, des millions de fois. Des millions de fois mieux.

Je jette la plume, la porte claque. Canon de Pachelbel. L’inachevée de Schubert. Je m’abandonne aux violons. Tant de beauté, tant d’émotion. Ce n’est pourtant que de la musique. Beethoven. C’en est trop, j’en pleure. Et une curieuse envie de néant. De vide. D’abysse. Alors que je viens de finir une chose, une lettre qui ne sera peut-être jamais lue.

Les morceaux s’enchaînent avec une surprenante acuité : Mahler, Mozart et même Chostakovitch… tous (re)découverts grâce à toi. Sous ton aile.

Et ton ombre plane. Encore une fois. Je finis par croire aux Signes

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