Vie et mort de l’image, une histoire du regard en Occident / Régis DEBRAY

  • L’histoire de l’ « art » doit s’effacer ici devant l’histoire de ce qui l’a rendu possible : le regard que nous posons sur les choses qui représentent d’autres choses.
  • « Il n’y a qu’un dogme en magie : le visible est la manifestation de l’invisible. » Eliphas Levi
  • Peinte ou sculptée, Image est fille de Nostalgie.
  • Regarder n’est pas recevoir mais ordonner le visible, organiser l’expérience.
  • Il n’y a pas d’équivalent verbal d’une sensation colorée. Nous sentons dans un monde, nous nommons dans l’autre, regrettait Proust.
  • Négloptence : défaut de ceux qui, à trop lire et trop écrire, négligent le voir.
  • Une image est un signe qui peut (et doit) être interprétée mais ne peut être lue. (…) On ne peut faire dire à un texte tout ce qu’on veut – à une image, oui. C’est dire qu’on ne peut l’accuser ni la gratifier d’aucun énoncé précis.
  • Au fond, c’est l’image mentale d’une Personne unique (l’artiste) ineffable et invisible, qui fait désirer d’acquérir des images matérielles et contagieuses faites de sa main et dépositaires de son âme. Le marché de l’art ne serait pas rentable s’il ne fonctionnait pas à la magie.
  • Ni le Grec ni le Juif ne croient en leurs dieux. Ils sont là. (…) Ils ne se posent pas une question de foi mais d’identité. (…) Ces dieux et ces héros, sans « avant » avaient toujours été là. Ils n’avaient pas prendre la place d’autres divinités (…). Jésus, lui, est un nouveau venu. Il a fait scandale, il ne va pas de soi. Rien ne l’atteste. Il est constitué par mon adhésion, ma fidélité, ma foi. Viennent-elles à défaillir qu’il disparait. La question de la croyance est ici constitutive et non spéculative.
  • Comme la voix ou la musique, et contrairement au texte, l’image nous travaille au corps. Le regard palpe ou caresse, s’engouffre ou se glisse, frôle ou pénètre.
  • Le secret de la force des images est sans doute la force de l’inconscient en nous (déstructurant comme une image plutôt que structuré comme un langage).
  • L’image sensible résonne au cosmos et s’alimente à des sources d’énergie « inférieures » donc moins surveillées ou plus trasngressives, plus libres ou moins contrôlées que les activités spirituelles « supérieures ». Elle capte de plus loin et de plus bas, elle fait radar.
  • Nous sommes habitués à loger la métaphysique de l’image sur une planète et sa physique sur une autre. On comprend que l’homo aestheticus déteste le mécanique : l’esthétique est née, tardivement, de la Philosophie et la philosophie est née, en Ironie, du rejet des machines.
  • (…)comme l’église médiévale avait été partagée entre cistercien et luxe clunysien, entre l’image qui fait oublier Dieu et l’image qui rappelle Dieu aux illetrés, entre l’appel aux sens et la défense du sens.
  • Cette subjectivation du regard (l’invention de la perspective) a eu incontestablement son prix : la réduction du réel au perçu. C’est le début de la fin du regard transfigurateur. Ou l’entrée en crise, par l’optique, de la transcendance mystique (du moteur divin sur le motif apparent). (..) Le spectateur central n’est plus un possedé potentiel mais le possesseur effectif de l’oeuvre, maître des nombres et des machines.
  • L’art relève de l’essentiel, de cette part d’humanité que la République doit transmettre à chaque citoyen, à charge pour lui de la faire fructifier.
  • Notre oeil déserte de mieux en mieux la chair du monde. Il lit des graphismes, au lieu de voir des choses.

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