Poésies et autres textes / Stéphane MALLARME

  • Ecrire, c’est avant tout s’installer à l’intérieur du langage. Ce n’est pas avec des idées qu’on fait des sonnets, c’est avec des mots.
  • Son seul souci est de réduire les mots déjà existants à leur présence signifiante dans le but déclaré de peindre non la chose mais l’effet qu’elle produit.
  • Nommer un objet, c’est supprimer les trois-quarts de la jouissance du poème qui est faite de deviner peu à peu : le suggérer, voila le rêve.
  • Muse moderne de l’impuissance, qui m’interdis depuis longtemps le trésor familier des rythmes, et me condamnes (aimable supplice) à ne faire plus que relire, – jusqu’au jour où tu m’auras enveloppé dans ton irrémédiable filet, l’ennui, et tout sera fini alors, – les maîtres inacessibles dont la beauté me désespère ; mon ennemie et cependant mon enchanteresse aux breuvages perfides et aux mélancoliques ivresses, je te dédie, comme une raillerie ou – le sais-je ? – comme un gage d’amour, ces quelques lignes de ma vie écrites dans les heures clémentes où tu ne m’inspiras pas la haine de la création et le stérile amour du Néant.
  • C’est une de ces matinées exceptionnelles où mon esprit, miraculeusement lavé des pâles crépuscules de la vie quotidienne, s’éveille dans le paradis, trop imprégné d’immortalité pour chercher une jouissance, mais regardant autour de soi avec une candeur qui semble n’avoir jamais connu l’exil. Tout ce qui m’environne a désiré revêtir ma pureté ; le ciel lui-même ne me contredit pas et son azur, sans un nuage depuis longtemps a encore perdu l’ironie de sa beauté, qui s’étend au loin adorablement bleue.
  • Maintenant qu’écrire ? Qu’écrire, puisque je n’ai pas voulu l’ivresse qui m’apparaît grossière et comme une injure à la béatitude ? (Qu’on s’en souvienne, je ne jouis pas, mais je vis dans la beauté).

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