Dérisoire

Le soir tombe ; il pleut. A peine. Rien que quelques gouttes de pluie dérisoires qui glissent sur le carreau. Je n’ai pas mis de musique. Pas encore. J’écoute le silence, j’écoute la nuit qui vient. Le monde s’endort ; mon coeur s’emballe, j’en ressens les pulsations violentes jusqu’au creux du ventre.

Je soupire, je frémis. Un souffle de vent m’effleure – la fenêtre est ouverte – les nuages maculent le ciel violacé d’ombres orageuses. L’obscurité gagne partout et gomme le relief des êtres et des choses. Tout va se fondre dans la nuit.

Une émotion grandit, m’étreint de ses bras glacés ; le monde s’endort, le monde s’ennuie. Je m’enfuis. Je prends corps. Pourtant, comme les gouttes d’eau sur la fenêtre, les mots sont dérisoires.

Dérisoire mon cri, dérisoire mon vide, dérisoire mon vivre.

Le chant crépusculaire d’un merle troue le silence.

Dérisoire, la tombée de la nuit. Dérisoire le merle.

A quoi bon, tout ça ?

Le nuage est gris, le bureau noir. Je n’y vois plus mais ma feuille blanche irradie sa propre lumière.

Dérisoires les mots. Dérisoire, l’absence. Dérisoire, la souffrance.

L’indifference la rend dérisoire.

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Le Dérisoire, BD de Omont et Supiot, Ed. Glénat – 2002

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