Le matin vient et aussi la nuit / Pierre MOINOT

  • J’ai des ombres que j’ai toujours méprisées, mais elle sont là. Bon élève, bon soldat, bon époux, bon père, bon archéologue, ç c’est le chant de l’alouette, mais souvent je me suis senti épervier. Parfois j’ai eu envie de tout casser, de tout changer, de tout fuir, mais c’était trop tard, ou trop fort pour moi. Tout le monde m’a cru humble alors que je crevais d’orgueil. Mon alouette a aimé les succès et les honneurs qui la rassuraient et mon épervier l’aurait tuée pour ça. J’ai souvent trompé mon monde, j’ai joué à être mûr et sûr et j’étais enfantin et incertain, vous croyez que j’ai eu une vie droite et résolue alors que pour moi elle a été incohérente. J’arrive à la fin et je ne sais plus très bien qui je suis.
  •  Son amour pour Mo emportait toutes ces amertumes, tous les désirs qu’il avait eu de changer de vie, elle était le sage et l’enfantin, l’alouette et l’épervier, lumières et ombres, elle ennoblissait tout. La grande peur de Lortier avait été de décevoir, de sorte qu’il avait toujours aimé la conquête et négligé le butin, mais Mo avait régné sur lui, l’avait bercé et apaisé, lui avait ménagé le port le plus sûr, offert aussi le secret de ce hâvre dans lequel s’était parfois glissée l’éternité.
  •  Et puis qu’est-ce que c’est que cette histoire de râbacher ssur ta vie, de regarder dans les cimetières alors qu’il faut voir loin par dessus les murs !
  •  Dès qu’il vit sa façade (de sa maison), il fut avec elle dans une familiarité très ancienne qu’elle ne causait pas mais qu’elle réveillait comme le faisait parfois ses seuls souvenirs.
  •  Il mit longtemps à se relever, son coeur sonnait en désordre et il avait hâte de rentrer.

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