Le puzzle

Je relis de vieux textes… J’ai l’impression d’être toute mélangée. Comme si on avait dispersé les pièces de mon puzzle interieur et qu’il me faille les rassembler une à une. Les identifier, les reconnaître. Me souvenir à quel endroit elles étaient initialement. Les réemboiter avec les autres. Juger si la place est bonne… éventuellement en changer. Et l’image prend forme, lentement. Patiemment.

Je relis aussi de vieux braconnages. Du temps de mon « éveil »… mais est-il seulement fini, en réalité ? J’ai le sentiment de tout reprendre à zéro, au delà de la mémoire… Comme si je cherchais mon chemin alors que je ne suis pas vraiment perdue.

J’ai envie de relire Charles Juliet. De retrouver la simplicité de ses mots et de ses phrases ciselées qui touchent toujours juste. Retrouver la sensation que j’avais eue à cette lecture, au retour d’une semaine estivale à… Belle-Ile. Encore une île. Comme une histoire qui se répète. Et le sentiment insupportable et merveilleux à la fois que cet auteur, que je ne connaissais jusqu’à présent pas, avait trouvé les mots. Ceux que je cherchais désespérément depuis si longtemps pour simplement décrire mes ressentis… Tout était là. Limpide. Presque douloureux tellement c’était évident. Les mêmes questionnements, les mêmes interrogations, les mêmes combats, plus ou moins inutiles. Et pourtant une vie si différente. La mienne si confortable et si insignifiante, à tel point que je ne cessais (cesse ?) de me demander si je n’étais pas ingrate de m’en plaindre…

Le temps de mon « éveil »… Est-ce que j’ai vraiment avancé, depuis, sur le fond des choses ? J’accepte bien plus de penser à moi. Je m’autorise à vivre mes envies. Je suis heureuse de ce que je vis, de ce(ux) que j’aime… et qui me le rendent (trop) bien. Qui me donnent envie d’être ce qu’ils attendent de moi, pour paraphraser Florent Pagny. Bien sûr, j’ai avancé. Mais après ? Trop tard, trop tôt, trop tout ? La vie est un risque à prendre… Chaque matin je peux décider d’aimer à nouveau.
Chaque matin : un nouveau risque à prendre. Là est peut-être la vraie vie.

Je voudrais écrire. Prendre le temps de poser les mots devant moi et reconstituer les phrases à petites touches. Travailler. Sculpter les formes d’un texte. Raconter quelque chose de beau, d’inédit, le partager pour le rendre -enfin- universel, public, connu. Raconter le temps où un regard attentif me préparait à des mains aimantes. Comme une oeuvre d’art…

Des photos pour me capturer les instants. Mon (notre) écriture pour arrêter le temps. Faire durer. Ecrire pour libérer des réalités et inscrire nos envies à la face du monde.

Ecrire comme Charles Juliet. A petites touches. Patientes. Comme un peintre pointilleux qui peaufine les détails. Chaque détail a son importance, dit mon ange Joshua. Je suis le détail de sa vie comme il détaille la mienne… quotidiennement. Ou presque.

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