Apaisement

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Le soir tombe dans le vent batailleur
mais la nuit complice prolonge encore la chaleur.
Dehors, les arbres jouent les ombres chinoises dans
la lumière crépusculaire du couchant.
L’air sent le foin sec et les soirées estivales…
Lentement, elle l’étendrait dans un morceau d’herbe.
Il fermerait les yeux, pour se laisser aller à elle.

Lentement, elle le dépouillerait de tout ce qu’il y a de négatif en lui,
ses doutes, ses appréhensions, ses craintes, ses questionnements…
Un par un, comme autant de masques ou de vêtements malhabiles
qui le rendent – croit-il – incompétent au bonheur…
Elle poserait sur lui son regard neuf et lui interdirait d’ouvrir les yeux.

Sa main prendrait alors la sienne comme on accoste sur une île inconnue,
l’œil grand ouvert et les sens aux aguets, puis ses doigts chemineraient,
doucement mais précisément, le long de sa peau inexplorée,
en s’attardant longuement à chaque endroit, à chaque refuge, à chaque découverte.
Aucun frisson ne lui échapperait, elle n’oublierait aucune parcelle
de ce corps qui lui était offert – comme une offrande.

Elle y traquerait les goûts inédits, les odeurs exclusives, avant
d’y apposer ses lèvres, précautionneusement.
Il se soumettrait à l’impérieuse nécessité de ses envies,
simplement avide de la laisser l’habiller de ses caresses.
Etre ouvert à toutes ses emprises, se confier à toutes ses folies.

Elle l’envelopperait enfin de sa peau à elle, lui marquer son empreinte,
imprimer sur elle ses reliefs, le recouvrir d’elle après l’avoir découvert de lui :
ils se retrouveraient en eux après s’être abandonnés en l’autre.
Ni terrains conquis ni territoires vierges, ils ne seraient pas différents mais pourtant renouvelés.

Elle serait lente, patiente, urgente avec ses évidences
et éternelle avec son essentiel,
attentive à le révéler à lui-même
et soucieuse de sublimer ce sourire comblé qui le rend si beau.

Elle le garderait ainsi longtemps au creux de sa peau,
à l’abri des blessures du temps, protégé des solitudes
et des vents contraires.
Elle le garderait ainsi – et il resterait là,
dans la béatitude d’un bonheur trop fugace
pour ne pas s’y attarder encore une éternité.

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