Ecrire un roman historique ?

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A gauche le produit fini et à droit le dossier documentaire… Entre les deux, à peu près trois dossiers d’une quinzaine de centimètres d’épaisseur contenant les cahiers avec les premières versions, les tapuscrits de corrections et autres épreuves. Sans compter les dizaines de versions informatiques enfermées dans mon ordinateur !

« Le vent des Lumières », mon premier roman, est sorti fin août 2015, il s’est écoulé à près d’un millier d’exemplaires (en majorité du format numérique). J’ai eu des retours de lecteurs, mais aussi des questions… qui revenaient souvent. J’ai donc décidé de partager les réponses. Si vous en avez d’autres, n’hésitez pas à les poser !

Tu aimes l’histoire ?

Même si j’imagine que ce n’est pas obligatoire, ça paraît être un minimum pour écrire un roman historique ! A l’école, c’était ma matière préférée (mais j’ai eu des supers profs aussi, au collège comme au lycée), j’aimais l’histoire autant que le français (la géo, c’était moins mon truc, par contre).

Je me souviens qu’avant chaque rentrée, j’attendais avec impatience le moment de récupérer les manuels scolaires à la coopérative. J’adorais ouvrir les livres et découvrir ce que j’allais apprendre… il m’est arrivé, une ou deux années, de commencer à lire le manuel d’histoire avant même la rentrée des classes (oui, j’étais un peu folle).

Une fois sortie de l’IUT de journalisme, comme je ne me voyais pas aller travailler tout de suite dans la presse (le marché du travail étant déjà ce qu’il est…), j’ai opté pour une poursuite d’études à la fac. Le choix de la filière s’est imposé de lui-même : ce serait l’histoire. C’était un choix à la fois de coeur mais aussi stratégique : j’ai envisagé cette année presque comme une année « sabbatique » pour mûrir à la fois moi-même mais aussi mon projet professionnel. Je savais déjà que je ne poursuivrais pas des études d’histoire, disons que c’était pour passer l’année « intelligemment ». Par la suite j’ai intégré la filière communication (en IUP), mais je n’ai pas perdu de vue l’histoire, j’ai préparé la licence en enseignement à distance quelques années après mais sans pouvoir passer les examens (pour cause d’accouchement quelques jours avant !).

Tu as du faire beaucoup de recherches…

C’est aussi un pré-requis : l’Histoire, ça ne s’invente pas, même si le romancier s’autorise des libertés. Mon objectif aussi m’obligeait à être le plus précise possible : puisque je voulais que les lecteurs « apprennent » quelque chose en suivant l’histoire d’Eléonore, je n’avais pas le droit de raconter (trop) de conneries.

J’ai commencé à prendre des notes et à me documenter « sérieusement » lorsque j’étais en fac d’histoire, justement. Le deuxième étage de la BU de Villejean-Rennes 2 n’avait plus de secrets pour moi, j’y travaillais souvent, écumant à la fois les ouvrages de références mais aussi des thèses et des écrits plus anecdotiques. Résultat : un dossier plutôt épais, rempli entièrement de notes manuscrites, extraits de livres et de biographies.

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Le dossier documentaire du Vent des Lumières.

Il faut avoir conscience qu’à l’époque (96-97), Internet en était encore à ses balbutiements et que Windows en était encore à sa version 3.1… Donc toute la documentation se faisait à la main, via des prises de notes, des lectures… C’était long et fastidieux parfois, mais très intéressant.

Aujourd’hui avec Internet, toute la documentation est accessible en ligne ou presque (ce qui n’empêche pas la lecture des « autorités ». Mais j’avoue qu’il est plaisant de pouvoir vérifier en un clic la cohérence d’une date avec la scène que je suis en train de corriger (d’ailleurs, c’est ainsi que j’ai débusqué un anachronisme sur le retour de La Fayette en France… !).

En quoi consiste cette documentation ? Des biographies pour les personnages historiques principaux qui essaiment le roman, des chronologies, des dates. Il y a surtout beaucoup de choses sur l’époque elle-même : le contexte économique et politique bien sûr, la marine à voile, le  grand commerce maritime, les moeurs, mais aussi tout un tas de notes sur des aspects très prosaïques comme la mode vestimentaire, la durée des trajets à cheval ou en bateau et l’hygiène féminine  !

ça doit être compliqué d’écrire un roman historique !

J’ai envie de dire : pas plus qu’un roman « normal »… Mais il y a cependant des spécificités dont il faut tenir compte, au premier rang desquelles le respect de l’Histoire, évidemment. Si l’on veut être crédible, il faut maîtriser un minimum son sujet, même si, encore une fois le romancier peut s’autoriser des libertés.

Ce qui est difficile, c’est de s’immerger dans l’époque à laquelle on écrit : au 18ème siècle, les moeurs et les façons d’envisager les choses sont très différentes des nôtres. Si l’on connaît tout cela grâce aux écrits des contemporains d’alors, c’est difficile de « penser comme eux », sans être pollué par nos visions. Par exemple, l’esclavage est considéré à l’époque comme « normal » alors qu’il nous fait bondir aujourd’hui, tout comme le droit de vote des femmes… Plus prosaïquement, je me suis battue un moment pour essayer de rendre le quotidien d’une aristocrate à la fin du vintage-1047910_960_72018ème siècle : dans nos vies à nous, tout est rythmé par les horaires du travail et le besoin de gagner sa vie, comment se mettre dans la peau de quelqu’un qui (en schématisant !) ne fait rien de ses journées, n’a pas d’horaires contraints et passe son temps à droite et à gauche ? De même, pas facile d’envisager le fait qu’un aristocrate vive dans plusieurs maisons (enfin, des châteaux même !) à la fois, allant de l’un à l’autre au gré des déplacements, en ayant à chaque endroit des armées de domestiques…

Cependant, le plus compliqué à mes yeux a été justement de savoir se défaire de l’Histoire, de pouvoir y prendre mes libertés : je suis romancière, pas chercheuse en Histoire (j’ai eu parfois tendance à l’oublier, en écrivant !). J’ai été bloquée pendant quelques temps sur des passages, voire des détails, parce que je n’arrivais pas à trouver l’information que je cherchais. Or j’avais le loisir de l’inventer… tant que je ne réécrivais pas l’Histoire. C’est difficile de s’autoriser ces libertés, parce qu’on a l’impression de trahir l’Histoire, alors que le lecteur sait à quoi s’en tenir : il sait qu’il lit un roman, pas un essai ou une thèse.

Comment fait-on pour écrire un roman historique ?

Je ne prétends pas avoir une technique particulière et encore moins une recette éprouvée… Je pense que la base d’un bon roman historique, ça reste d’avoir une bonne histoire. On est romancier avant d’être historien, il faut donc que l’Histoire serve le roman et non l’inverse.

En termes de technique, j’ai écrit la trame du récit puis je l’ai mariée avec la trame historique. Parfois, c’est la trame historique qui a servi de trame romanesque. L’important est de bien connaître son époque et de s’y plonger comme si on y était.

Les personnages principaux du roman sont fictifs : c’était un choix pour me laisser la liberté d’imaginer leurs parcours respectifs et leurs évolutions. Il n’empêche qu’ils côtoient des personnages historiques ayant réellement existé : là encore il faut être crédible sans que ça tourne à l’obsession. Évidemment, Louis XVI ou Beaumarchais n’ont pas tenu tous les propos que je leur prête dans mon livre, mais j’ai fait en sorte que ce qu’ils disent (et font) collent à leur tempérament.

Pourquoi le 18ème siècle ?

La toute première version de mon premier roman historique date du collège et était inspirée des romans historiques d’Anne et Serge Golon (la fameuse série des « Angélique »). J’avais bien évidemment vu les films de Bernard Borderie mais ils ne sont pas à la hauteur des romans, qui sont, au-delà de leur trame romanesque très bien maîtrisée, une mine d’informations sur le siècle de Louis XIV.

Ce qui m’avait frappé, c’était cette précision dans la narration et ce souci du détail, sans perdre de vue l’histoire des personnages des romans. C’était un modèle à mes yeux (ça l’est toujours, d’ailleurs). Je pense qu’on retrouve cette inspiration dans « Le vent des Lumières », aujourd’hui. J’ai eu un peu de mal à accepter cet « héritage » car les romans souffrent malheureusement de l’image surannée et kitsch des films.

Cependant, revenons à l’écriture, je n’avais pas envie de rester à l’époque de Louis XIV, trop convenue à mes yeux. J’avais écarté aussi l’idée de passer à l’époque de Louis XV, par goût personnel (ce roi m’intéresse assez peu). Puis j’ai « rencontré » les biographies entrecroisées de Claude Manceron « Les hommes de la Liberté » : c’est ce qui m’a décidé à placer l’époque de mon histoire sous le règne de Louis XVI et plus précisément de raconter les dix ans précédant la Révolution. Mais déjà à l’époque, j’envisageais de raconter, ensuite, les années révolutionnaires et, pourquoi pas, le début du XIXème siècle.

Ensuite, l’époque contemporaine m’intéresse moins, tout comme la Renaissance. Mais je n’exclue pas de me pencher sur l’époque féodale, un jour…

Voilà pour aujourd’hui, mais si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas à les poser en commentaires de cet article !

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