Un texte inédit pour les abonnés

Comme je l’avais annoncé début décembre, j’ai mis en place une lettre d’informations pour vous tenir au courant de mon actualité mais aussi pour vous faire des petits cadeaux, en privilégiés que vous êtes…

Les abonnés peuvent donc avoir accès, en cadeau de bienvenue, au fichier numérique (format ePub ou mobi/Kindle) d’une nouvelle inédite : La dernière mi-temps.

couverture la dernière mi-temps nouvelle Lynda Guillemaud

Il s’agit d’un texte que je qualifie « de jeunesse » car il a été écrit dans les années 90. C’est une histoire de passage à l’âge adulte, une histoire d’amour, d’amitié mais aussi une réflexion sur la passion, pas amoureuse dans ce cas-là, mais plutôt la passion pour un sport (ici, le foot, en l’occurrence).

Trop court pour être un roman, j’ai réorganisé le texte original pour le densifier un peu mais sans retoucher l’écriture. En effet, j’avais posté ce texte il y a quelques années sur un forum de lecteurs/auteurs et les retours soulignaient la fraîcheur du texte

J’offre donc gratuitement cet ebook aux abonnés de la liste (ceux qui sont déjà abonnés vont recevoir le lien de téléchargement dans la lettre de décembre qui part demain). Pour vous abonner, c’est ici !

Et pour vous mettre l’eau à la bouche, voici le prologue.

Prologue

Thomas Shefferson retomba lourdement sur la pelouse de la surface de réparation sans lâcher le ballon qu’il venait d’intercepter. Une douleur insupportable déchirait sa cheville gauche et il s’effondra sur les genoux, le visage tordu par une grimace de souffrance.

Le jour tombait sur le stade et les projecteurs allumés lançaient de grandes ombres sur le terrain. L’air ambiant, plutôt frais, se réchauffait au contact de la foule des supporters, venus nombreux pour assister au match.

La dernière journée du Championnat de France de première division se terminait. Thomas releva la tête vers le chrono du panneau lumineux.

Deux minutes. Il fallait tenir encore deux minutes.

Il poussa le ballon vers Nicolas, le capitaine qui arrivait vers lui pour remonter le ballon en contre-attaque.

– Va marquer ce putain de but ! cria Thomas.

– Mais toi ? demanda Nicolas.

– Laisse tomber ! répliqua le gardien avec un sourire qui ressemblait plutôt à une grimace. J’vais bien survivre deux minutes…

Tout s’était passé en quelques secondes. Nicolas s’éloigna balle au pied en jetant un coup d’œil à l’entraîneur qui valida l’option par un hochement de tête. Ils savaient tous les deux qu’il était inutile d’essayer de discuter avec Thomas lorsqu’il avait décidé de rester sur le terrain. De toutes façons, Nicolas menait sans doute la dernière action du match.

Tandis que l’équipe adverse se repliait en défense en catastrophe, Thomas s’aida du poteau de buts pour se relever lentement, sans peser sur sa cheville douloureuse.

Une grande clameur envahit soudain le stade et Thomas releva la tête : Nicolas venait de marquer. Le jeune gardien voulut sourire, mais sa vue se brouilla et il s’écroula de nouveau sur la pelouse, sans connaissance.

***

Une demi-heure après sa sortie du bloc opératoire, Thomas n’avait toujours pas repris conscience. Auprès de lui, Frédérik Austermann, son mentor et entraîneur personnel à l’occasion, guettait son réveil avec anxiété.

Thomas avait été évacué en toute urgence dès la fin du match et son médecin habituel, traumatologue renommé qui le connaissait bien, était arrivé toutes affaires cessantes. Car ce n’était pas la première fois qu’il se retrouvait à l’hôpital.

En vérité, depuis le jour où Frédérik avait découvert chez le jeune garçon des qualités mentales et physiques idéales pour en faire un grand gardien de buts, pas une saison ne s’était déroulée sans qu’il y passe un moment. La réputation de Thomas Shefferson dans les compétitions des moins de quinze ans avait traversé la Manche bien avant lui. Lorsque Frédérik sollicita son inscription dans l’un des meilleurs centre de formation au football professionnel de France, les tests sportifs ne furent qu’une formalité pour le jeune Irlandais.

C’est là qu’il avait fait la connaissance de Nicolas Mercier, à peu près du même âge que lui, capitaine et avant-centre de l’équipe qui jouait tout en finesse et en vivacité. Ses interventions étaient nettes, précises, sans bavures. Nicolas avait tout de suite apprécié le jeu subtil du nouveau gardien, ses prises de balles parfaites et ses réflexes à toute épreuve. Thomas possédait une concentration, un contrôle de soi et une endurance psychologique qui le rendaient inébranlable. A la fois solitaire et arrogant, Thomas cachait en fait sous cette cuirasse une sensibilité peu commune qu’on eut pu prendre pour de l’amour-propre.

Nicolas avait très bien compris cela, et très vite, les deux garçons étaient devenus les meilleurs amis du monde. A eux deux, ils formaient la colonne vertébrale de l’équipe des moins de dix-sept ans. Pourtant, tout les différenciait. Nicolas était devenu capitaine presque naturellement : il gérait l’équipe avec beaucoup d’humour et une ouverture d’esprit qui lui valait le respect. Thomas, plus fier, presque intouchable, était le plus expérimenté de tous. Fin stratège et joueur polyvalent, il insufflait sa combativité au groupe, tout en restant très secret, énigmatique.

Cela n’avait pas été une mince affaire, pourtant, de canaliser cette tête de mule de Thomas. Dès le début, son orgueil et son amour-propre avaient fait craindre le pire aux responsables du centre de formation. Incontrôlable, Thomas ne tenait compte que des règles qu’il se fixait lui-même. Et surtout, il ne supportait pas qu’on puisse remettre en cause ses capacités. Mais s’il ne tolérait pas les critiques injustifiées, il se révélait par contre élève attentif et consciencieux jusqu’à l’exagération, prêt à travailler dur et à donner tout ce qu’il avait pour être le meilleur.

Le visage légèrement ridé de Frédérik trahissait son inquiétude. Tendu, il guettait un mouvement signalant que Thomas se réveillait. C’était la première fois qu’il subissait une opération de cette importance, et l’état de fatigue dans lequel il se trouvait n’améliorait rien. Mais l’opérer en urgence restait la seule solution pour espérer sauver sa cheville.

Un frémissement imperceptible crispa les traits de Thomas. Il avait bougé et ses lèvres closes s’entrouvraient, expulsant un souffle plus appuyé, presque un soupir. Il remua faiblement et ses paupières papillonnèrent. Frédérik attendait son premier regard.

Déjà, il fut rassuré. Les yeux ouverts, Thomas quittait son apparente faiblesse. Malgré les brumes de son inconscience, son regard vert retrouva rapidement son expression vigoureuse et rusée.

– Comment te sens-tu ? demanda Frédérik en retrouvant un semblant de sourire.

– Pas très solide.

Il se frotta les yeux longuement, puis se redressa vivement, comme s’il se souvenait brusquement de quelque chose.

– Et le match ! Est-ce qu’on a gagné ?

– Bien entendu ! confirma l’Allemand. Nicolas a marqué juste avant que tu ne tombes dans les pommes. L’équipe termine troisième du championnat et sera donc européenne la saison prochaine…

– Bon sang ! gémit le jeune gardien en passant sa main sur son front. Et dire que j’ai manqué ça !

– Mais tu as ta part dans la victoire, répliqua Frédérik. Tu vas encore faire la une des journaux…

Thomas sourit faiblement en se renfonçant dans ses oreillers. Il commençait tout juste à se faire à sa nouvelle notoriété, acquise dès son premier match avec les professionnels de l’équipe première, durant la onzième journée de championnat. Après trois buts encaissés par le gardien qui remplaçait le titulaire blessé, l’entraîneur avait appelé Thomas à la rescousse. Il avait réalisé une étonnante prestation tout au long de la deuxième mi-temps, stoppant des tirs catapultés par des joueurs internationaux expérimentés, et tout cela alors qu’il n’avait pas dix-huit ans. Aussitôt, les journaux l’avaient qualifié de « phénomène », de « prodige », en lui promettant déjà un bel avenir en professionnelle. Thomas fut titularisé dès la quinzième journée et devint ainsi le gardien le plus jeune du championnat. Nicolas avait intégré l’équipe première quelques temps après lui.

– Alors, enfin réveillé ? lança une voix depuis la porte de la chambre. Bonjour, Thomas.

Le docteur Jean-Louis Florentin, spécialiste en médecine sportive et en traumatologie, travaillait aussi au centre de formation dont il dirigeait l’équipe médicale. Les cheveux gris, coupés très courts, dégageaient la ligne pure du front, ainsi que les traits abrupts du visage, adoucis par un sourire généreux.

Thomas appréciait Florentin pour sa franchise : jamais, même dans le pire des cas, il ne cachait son diagnostic aux joueurs. Et Thomas aimait particulièrement savoir à quoi s’en tenir.

Le docteur contrôla son pouls, sa tension, nota quelques chiffres sur la feuille de suivi, puis releva la tête. Son regard fut emprisonné par celui de Thomas, inquisiteur. Il sut que c’était le moment. Florentin poussa un soupir, puis se lança.

– OK, dit-il en reposant ses feuilles, l’air résigné. Ce n’est pas facile à dire, mais il faut avouer que la cheville était dans un sale état. Les radios ont révélé des lésions importantes au niveau de l’articulation. La malléole externe était fracturée et le ligament latéral interne rompu. C’est pour ces raisons que nous avons opéré par ostéosynthèse en urgence. Enfin, il serait plus juste de dire qu’on a essayé de limiter les dégâts. Le résultat est loin d’être acquis. Il faudra plusieurs mois pour guérir la fracture. Quant aux ligaments, étant donné ton passif au niveau des chevilles, il y a des risques d’atrophie…

– Ce qui veut dire ? demanda Frédérik en devinant la réponse.

– Ce qui veut dire que je ne suis pas très optimiste, avoua Florentin en hésitant légèrement, guettant les réactions de Thomas. Même si tu retrouves l’usage complet de la cheville, ce qui n’est pas gagné d’avance, il faudra éviter tout effort intense.

– Soyez plus clair, docteur Florentin, marmonna sombrement Thomas sans le regarder.

– En clair, ça veut dire que le sport de haut niveau est désormais tout à fait contre-indiqué…

Thomas renversa la tête en arrière et ferma les yeux douloureusement.

Et voilà, c’était fini.

Jamais plus il ne jouerait de match de compétition. Jamais il ne deviendrait joueur professionnel. Au seuil de ses dix-neuf ans, Thomas Shefferson devait arrêter sa carrière surprenante alors qu’elle avait à peine commencé.

Depuis son plus jeune âge, sa vie s’était résumée au football. Son ascension fulgurante lui avait valu cette réputation d’invincibilité dont il était si fier. En vérité, il n’avait eu qu’un seul point faible, cette passion inébranlable qui le poussait à aller toujours plus loin, au-delà de ses limites, au mépris de toute prudence.

C’était peut-être ça qui l’avait perdu.

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