De la difficulté d’écrire « le mal »

L’idée de ce billet m’est venue en lisant celui de Stéphane Arnier sur l’évitement. Il explique en effet qu’une grande difficulté pour un auteur, ce sont les scènes nécessaires mais qui sont difficiles à écrire (la mort, le sexe, les disputes…). Tout cela alors que ce sont souvent ces scènes difficiles qui sont le plus importantes.

Quand j’écris, je n’ai pas beaucoup de problèmes d’évitement. Je ne crois pas avoir de difficultés pour écrire des scènes de mort, je pèche un peu plus lorsqu’il s’agit de violence… et par contre sur les scènes de sexe je suis clairement prude (rires). Mais surtout, cet article m’a fait réfléchir sur mon incapacité (chronique ?) à ne pas savoir créer de personnage foncièrement méchant.

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Dans mes romans, il n’y a pas de vrai méchant, ou plutôt, lorsqu’il y en a un, il est « justifié ». Non pas que je vive dans le monde des Bisounours, mais en réalité je n’arrive pas à considérer qu’une personne humaine soit foncièrement mauvaise (c’est la position de Socrate dans le Protagoras de Platon : « parmi les philosophes, il n’y en a pas un qui pense qu’un homme pèche volontairement et fasse volontairement des actions honteuses et mauvaises ; ils savent tous au contraire que tous ceux qui font des actions honteuses et mauvaises les font involontairement (…) ».

C’est un bêta-lecteur qui m’a fait remarquer dans un de mes romans qu’un des personnages n’était pas assez « méchant »… Il avait raison, mais j’ai dû me faire violence pour le faire agir en conséquence… et ça ne m’a pas empêchée d’expliquer, à la fin, le pourquoi de cette méchanceté. Simplement parce qu’il était inimaginable pour moi que ce personnage soit méchant juste « pour le plaisir », gratuitement, sans raison.

Je me trompe peut-être, il y a sans doute dans ce monde des personnes fondamentalement mauvaises, mais je suis persuadée qu’au fond d’elles-mêmes, elles ne sont pas méchantes. Je penche plutôt pour la thèse du méchant devenu mauvais (à cause de son enfance, de la société, d’une déception amoureuse, que sais-je…?). Le mal se nourrit du mal, mais il n’y a pas de mauvaises personnes, il n’y a que des mauvais comportements. La littérature et le cinéma sont d’ailleurs remplis d’exemples de ces méchants poussés dans les bras du mal…

C’est un débat sans fin dans la sphère philosophique et scientifique, le sujet est loin d’être clos… Pour aller plus loin, je vous propose une émission de France Inter sur « Comment devient-on méchant » avec le sociologue Michel Fize qui a publié aux éditions de l’Homme « Mais qu’est ce qui passe par la tête des méchants ».

A la semaine prochaine pour un sujet un peu plus « léger », je vous parlerai de l’avancée de mon prochain roman. Si vous voulez découvrir mes deux premiers romans, c’est ici que ça se passe… et si vous voulez suivre mes actualités, abonnez-vous !

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3 réflexions sur “De la difficulté d’écrire « le mal »

  1. Stéphane ARNIER 17 février 2016 / 11 h 41 min

    A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, et tout bon protagoniste ne peut se passer d’un bon antagoniste. Un héros se doit de disposer d’un bon adversaire. Heureusement pour toi, un adversaire n’a pas obligatoirement à être « méchant » (d’ailleurs, si on trouve souvent en fantasy des adversaires incarnant le mal absolu, c’est bien moins fréquent dans les autres genres). Réussir à faire éprouver de l’empathie pour l’adversaire, voire à le faire apprécier autant que le héros, est même une bonne piste à suivre, tout le jeu consistant alors à motiver ses actes, et à le doter d’un objectif/désir/besoin bien solide, afin qu’il pousse le héros dans ses derniers retranchements (c’est bien là son rôle, au final :)).

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    • Lynda Guillemaud 17 février 2016 / 12 h 01 min

      Tout à fait, mais cette découverte m’a quand même un peu secouée, je me suis même demandé si je n’étais pas trop naïve 🙂

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  2. azelbury 17 février 2016 / 11 h 50 min

    Il n’y a pas de vrais méchants, il n’y a que des âmes blessées… Sinon c’est gratuit et ça c’est pas bien !

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