Ecriture

L’inspiration, mythe ou réalité ?

La semaine dernière, j’entamais mon billet sur les outils d’écriture en parlant du mythe de l’écrivain penché sur son manuscrit, assailli par l’inspiration. Apparemment, vous avez été quelques-uns à trouver mes outils utiles… et que parfois, ce sont les outils qui font défaut, plutôt que l’inspiration. Alors, l’inspiration, ça sert à quelque chose ?

« L’écriture, c’est 5% d’inspiration et 95% de transpiration »

J’aime beaucoup cette maxime, professée (assénée !) par l’écrivain Martin Winckler dans chaque épisode de la saison 5 du Mooc Draftquest écrire une oeuvre de fiction (il l’a adaptée de la célèbre phrase d’Edison concernant le génie). Je l’aime beaucoup parce qu’elle résume ce que je pense depuis longtemps sur l’écriture : un peu de talent et surtout beaucoup de travail. Non, contrairement à ce que beaucoup de lecteurs pensent, aucun écrivain n’écrit un roman en une seule fois, d’un trait, sans revenir dessus. Il y a des brouillons, un premier jet, parfois un second, des réécritures, des corrections, on rature, on élague, on étoffe… c’est ça, l’écriture. Un constant aller-retour sur le manuscrit, jusqu’à ce qu’il soit parfait. Et encore : la perfection existe-t-elle ?

Brouillon du chapitre 5 des Frères Karamazov
Brouillon du chapitre 5 des Frères Karamazov de Dostoïevski (source Wikipédia)

Ce n’est pas une notion facile à appréhender pour les lecteurs. Quand on annonce qu’on a posé le mot « FIN » sur le premier jet d’un roman, la première réaction du lecteur lambda, c’est de demander « à quand la publication ? ». Impatience bien légitime (et ô combien motivante !), mais l’auteur est souvent embêté pour répondre. Car finir le premier jet, c’est seulement la première étape, le brouillon. Si l’on est un peu organisé et qu’on a planifié la création du roman en question, on peut donner à peu près une date… mais sinon c’est advienne que pourra.

FIN !

Inspiration vs. technique

Il y a un débat récurrent chez les auteurs entre les tenants de la technique et les fanas du talent (je caricature exprès, les positions sont souvent plus nuancées). Les premiers considèrent que l’écriture est une technique comme une autre, que cela s’apprend et que n’importe qui d’un peu consciencieux est capable de produire un roman. Les seconds pensent que l’écriture est un don, un talent, que l’on peut écrire un chef d’oeuvre sans avoir une once de technique.

Évidemment, la vérité est un peu au milieu des deux, comme d’habitude. On peut écrire des milliers de pages parce qu’on est prolifique et très inspiré, ça ne suffira pas pour écrire un roman : il y faut un peu de structure, de scénario, de travail sur les personnages, etc… A contrario, être un expert de la technique d’écriture ne suffira pas non plus, car si l’on a aucune idée et que l’inspiration ne répond pas à l’appel, on va écrire un roman plat, sans intérêt, sans émotions. Un exercice de style, mais sans le style.

Comme le répète Martin Winckler, c’est le 5% d’inspiration qui fait d’un texte moyen ou correct un bon texte. L’inspiration est l’essence de l’écriture, même si le travail reste essentiel (subtil, hein 😉 ). Le travail, c’est ce qui va permettre à l’écrivain en herbe d’aller au bout de son projet de roman, là où l’inspiration lui permettra seulement de démarrer ou d’en écrire des bribes.

La technique des petits papiers pour écrire un roman

L’inspiration, ça tient à quoi ?

A peu de choses. Là, le mythe de l’écrivain armé de son carnet qui note tout et n’importe quoi n’est sans doute pas usurpé : un fait divers, un lieu, un personnage, une situation, tout est susceptible de faire naître dans le cerveau de l’écrivain une idée de roman. Mais là encore, l’idée ne suffira pas : il faudra la travailler, la malaxer, la triturer dans tous les sens pour en faire une histoire. Car un roman, c’est d’abord une bonne histoire (comme dit Alfred).

L’inspiration est une muse capricieuse : il y a des jours où l’on a décidé d’écrire et où rien ne sort (ou rien de bon). On se met devant sa page et c’est le trou noir, la panne. Il y a des techniques pour contrecarrer ces pannes, mais parfois il faut savoir faire son deuil de mots : aujourd’hui, on sera bon à rien, c’est comme ça.

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Quand ça m’arrive, j’essaie de ne pas laisser tomber pour autant et je fais des choses en rapport avec mon manuscrit en cours :

  • relire les chapitres précédents et corriger les fautes, la syntaxe, la tournure des phrases
  • travailler sur le plan, les personnages, documenter un lieu, un fait, un détail
  • créer des posts de promotion sur ma page Facebook pour les programmer, ou des billets de blog
  • travailler sur un autre projet d’écriture : un autre roman ou une nouvelle (je le fais peu car j’ai tendance à aimer me concentrer sur un seul projet à la fois).

La seule chose que je ne fais pas, c’est de procrastiner en faisant complètement autre chose (sauf si le blocage est vraiment énorme !) qui n’a aucun rapport avec l’écriture. Quand on est face à un obstacle, changer de chemin ne permet que de l’éviter, pas de le franchir (je cite cet adage souvent à ma fille aînée qui a tendance à esquiver les problèmes plutôt que de les affronter).

Pour résumer, l’inspiration n’est pas plus un mythe qu’une réalité, elle existe et elle est une part importante de l’écriture. Mais le travail est tout aussi important, car c’est lui qui va transformer l’inspiration en roman. Bon, d’ailleurs, je retourne de ce pas travailler sur la troisième et dernière partie du Sang des Lumières que je compte envoyer à mes bêta-lecteurs ce weekend !

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9 réflexions au sujet de “L’inspiration, mythe ou réalité ?”

  1. Bon jour,
    L’inspiration est inexplicable … pas la peine de prendre des notes. Les notes sont pour les plans, les chapitres, etc … et pour ma part la maxime  » L’écriture, c’est 5% d’inspiration et 95% de transpiration », j’y crois pas une seule seconde. Pourquoi ? Tout simplement chaque auteur.e est différent.e. Les généralités ne font les l’auteurs.es et heureusement.
    Max-Louis

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    1. Oui, bien sûr, chaque auteur est différent et heureusement ! Personnellement, mes notes sont effectivement pour les plans, les idées, etc. Je ne fais pas « d’écriture » dans mes notes. La phase d’écriture, c’est direct du premier jet. Mais après, il y a forcément du travail (plus ou moins, en fonction de la qualité de mon inspiration). A moins d’être un génie, je ne crois pas qu’un premier jet fasse un chef d’oeuvre sans aucune retouche 🙂

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      1. En fait les 95% qui ne passent pas. Je pense à Sand qui se faisait relire et corriger par Alfred, Louise par le père Flaubert, Violette Leduc par Beauvoir, …normal, mais j’ai bien du mal quand des éditeurs osent déposséder de paragraphes, de chapitres, telle ou telle oeuvre quand l’on sait que l’auteur.e a déjà bien peaufiné .. mais bon … voilà, voilà…

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  2. t’as bien résumé ^^ j’adore écrire depuis petite même si je n’ai pas encore publié, alors comme t’as dit une histoire nait d’une idée par une inspiration puis il faut ensuite étoffer cette idée, il y a des idées trop vagues pour écrire dessus et des idées qu’on arrive à étoffer, qu’on voit le film de l’histoire, ce qui va se produire etc puis il restera à l’écrire ^^ moi pour l’inspiration et les idées j’en déborde xd c’est pour ça que je note toutes mes idées et j’en ai à revendre, je n’ai jamais connu le syndrome de la page blanche, pour l’instant j’écris des nouvelles mais j’ai des idées de roman aussi, après j’arrive à finir une nouvelle mais je ne sais pas pour un roman encore on verra

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  3. pour être écrivain(e), je pense que le talent se fait avec du travail et pour la technique du moment qu’on maitrise le français, ça va, c’est en écrivant qu’on devient écrivain(e) donc en s’entrainant et on s’améliora ^^ et comme tu dis ceux et celles qui veulent trop maitriser le style et écrire trop bien techniquement, il n’y aura que du style sans histoire: Un exercice de style, mais sans le style et moi j’aime pas ça car un roman c’est avant tout une histoire, une intrigue ^^ c’est pour ça que j’ai du mal avec les classiques que j’ai étudié au lycée c’était trop littéraire sans réel intrigue et j’ai pas du tout aimé en plus que je ne comprenais pas avec un langage d’un autre temps et un langage trop littéraire, moi ce que j’aime c’est les styles d’écriture simples et accessible avec assez peu de descriptions et + de dialogues pour adhérer, plus le style est littéraire et complexe avec des tonnes de descriptions, moins je vais adhérer et aimer! j’ai déjà été dégoûtée des livres classique à cause du lycée! Le paradoxe c’est que j’adore écrire depuis petite mais lire j’aime ça que depuis 2017 où enfin j’ai trouvé mes genres de lecture: les thrillers, les polars, les romans contemporains chose que je n’ai jamais lu à l’école et lycée car on me faisait lire que des classiques que je n’aimais pas avec pas de diversité d’autres genres 😦 et j’adore écrire du genre thriller et contemporain et j’adore le langage familier je le préfère nettement au langage trop soutenu d’une autre époque des classiques où j’y comprends rien! après d’autres préféreront un style plus littéraire et complexe, chacun ses goûts comme on dit mais on n’écrit plus de la même manière de notre temps au temps des classiques, on ne peut pas faire pareil et ça servirait à rien selon moi en plus que le lectorat de notre époque n’est pas le même que celui d’une autre époque

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    1. C’est rigolo, moi j’adorais (j’adore toujours) les classiques : je pense que ça a même influencé ma manière d’écrire. Par contre je détestais cette façon qu’on avait de déconstruire les oeuvres en disant « l’auteur a utilisé telle figure de style pour faire passer telle idée etc. » je trouvais ça débile car pour moi l’écrivain écrivait « sans y penser ». Aujourd’hui, quand j’écris, je me rends compte que je fais exactement ça : je me dis « tiens je vais utiliser telle figure de style pour faire passer telle idée » 😉 Finalement je me rends compte que mes profs de lettres avaient raison !! 🙂

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      1. ok même si j’aimais le français, plus la langue, j’ai pas aimé lire et étudié les classiques, et ça m’a servi à rien d’étudier les figures de style car même si je les connais, je ne les aime pas particulièrement et je ne les utilise pas même quand j’écris! Moi j’ai pas vraiment eu d’influences surtout que mes idées je les tire de moi, mes pensées, la société, mes amies, mes rêves, après j’ai plus regardé des films et séries que j’ai lu des livres car j’aimais pas vraiment lire enfant et ados et j’avais pas vraiment beaucoup trouvé mes genres de livres avec les classiques imposés que j’aimais pas!

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