Interview pour le blog de Librinova

Quelques semaines après la parution du Vent des Lumières chez Librinova, je leur ai accordé une petite interview pour leur blog « Et si c’était moi ? ».

Interview de Lynda Guillemaud, auteur dans le vent (des Lumières)

photo interviewLauréate du concours Drafquest/Librinova 2014, Lynda Guillemaud vient de publier son roman Le vent des Lumières chez Librinova, après quelques mois de réécriture de son manuscrit gagnant.

Elle a accepté de partager avec nous ses inspirations, ses expériences, ses goûts littéraires (et autres) !

— Lynda, s’il y avait un mot pour vous définir, lequel utiliseriez-vous ?

Un seul mot c’est dur…

Je dirais « indulgence », qui va avec patience et persévérance (par exemple pour écrire mes romans !). Mes proches me disent souvent aussi que je suis une organisatrice née. Sinon, l’expression qui me qualifie le mieux : « j’aime pas les gens » !

— Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Pour Le Vent des Lumières, l’Histoire bien sûr… j’ai toujours adoré ça, dès l’école. Mais ce qui m’inspire aussi, ce sont des lieux : j’aime décrire des atmosphères, des ambiances, des paysages. J’aime aussi mes personnages (c’est pour ça que j’en ai en général très peu dans mes romans) : je tisse un lien avec eux, j’aime décrire leurs émotions, montrer leurs ressentis. Quelquefois c’est juste un battement de paupières, un geste de la main, un sourire qui sont lourds de sens dans l’histoire. Dernièrement, les images de l’Hermione refaisant son périple américain trois cents ans après, m’ont donné des frissons dans le dos : je voyais la frégate du Vent des Lumières ! Les personnages historiques aussi m’ont inspirée : Beaumarchais bien entendu, mais aussi Louis XVI, que j’avais envie de montrer sous un autre jour que le portrait négatif qu’on en dresse souvent.

— Depuis quand écrivez-vous ? Comment êtes-vous devenue auteur ?

Je ne vais pas être très originale en disant que j’écris depuis mon enfance… J’ai commencé vers 14-15 ans, je m’amusais à réécrire des livres ou des films à ma manière, souvent lorsque la fin de ces derniers ne me plaisait pas ! Je faisais de la fanfiction sans le savoir… J’ai mené plusieurs romans en parallèle, sans jamais arriver au bout réellement. Pour le Vent des Lumières, j’en ai écrit les trois quarts lors de mes études : au lieu d’étudier à la bibliothèque universitaire, je faisais des recherches pour mon roman historique (Internet n’existait pas à l’époque !).

Puis je l’ai laissé inachevé pendant près de 15 ans, la vie prenant le dessus. L’an dernier, grâce au Mooc Draftquest Écrire une œuvre de fiction, je me suis lancé le challenge de terminer ce roman. La gestation a été longue mais je suis fière d’avoir été au bout !

— Comment écrivez-vous ? Avez-vous un rituel d’écriture ?

J’ai une manie : j’écris toujours mon premier jet à la main. Il y a un côté physique du crayon ou du stylo-plume grattant le papier… Puis je retranscris sur l’ordinateur, mais entre le brouillon et cette première retranscription il y a déjà de la réécriture. Je commence à tester des outils numériques comme Evernote mais ce n’est pas forcément ma manière naturelle de me documenter.

Je n’ai pas réellement de rituel, j’écris souvent le soir, tranquille. J’ai la chance d’avoir un bureau bibliothèque (que j’appelle mon boudoir) au rez-de-chaussée de ma maison et dans lequel je peux m’isoler tout en restant à proximité de ma famille. J’aime écrire avec la porte ouverte sur l’extérieur (quand le temps breton me le permet!), je laisse vagabonder mes regards au-delà de la porte, je croise les oiseaux, les chats, les bestioles… Il y a un côté zénifiant !

— Qu’est-ce qui vous a conduit à écrire ce livre ?

J’avais envie de faire découvrir un morceau d’Histoire de France mais sans être magistrale ni professorale. Mais j’avais envie que les lecteurs « apprennent » quelque chose en me lisant. Alors j’ai imaginé raconter l’histoire d’un personnage fictif qui serait témoin, et parfois acteur, de l’Histoire. Ainsi est née l’idée du Vent des Lumières dans l’imagination d’une collégienne ! Le choix de la période prérévolutionnaire s’est fait un peu par hasard. Après coup, je trouve cette période intéressante car elle est peu exploitée : on parle beaucoup de la période après 1789 mais pas tellement de ce qui se passe avant (à part pour y trouver des signes annonciateurs !).

— Pouvez-vous nous parler de votre expérience avec Librinova ?

S’il y avait un mot pour qualifier l’équipe de Librinova, ce serait : réactivité ! Toutes mes questions ont eu des réponses, parfois dans la minute qui suit, c’est très agréable. Charlotte m’a encouragée tout au long de l’écriture de la fin du Vent des Lumières (car j’avais gagné le concours en soumettant un premier jet). C’était une sacrée motivation ! Je me sens soutenue et même accompagnée, tout au long de la démarche et même ensuite pour la promotion du livre.

— Avez-vous des contacts avec vos lecteurs ? Qu’est-ce que cela vous apporte ?

J’ai eu des contacts avec des lecteurs par le biais d’un forum autour de la littérature et de l’écriture (le forum « Liens-Utiles » ou LU) et les retours sur le premier jet du Vent des Lumières étaient enthousiastes. C’est ce qui m’a décidée, entre autres, à reprendre le manuscrit pour le Mooc afin de le terminer. Les retours de mes relecteurs à l’issue de celui-ci étaient aussi plutôt positifs. C’est important d’avoir des ressentis de lecteurs car ils permettent d’ajuster (sans pour autant abandonner son projet de départ).

— Avez-vous un prochain livre en tête ?

En ce qui concerne les prochains livres, mon deuxième roman Oraison pour une île sortira prochainement, il a gagné la deuxième édition du concours Librinova/Draftquest (je cumule un peu !). Ce n’est pas un roman historique, on change complètement de registre… Celui-ci est axé sur l’île de Bréhat, théâtre d’une histoire d’amour à la fois classique et inhabituelle.

Sinon j’ai deux autres projets en gestation, là encore des manuscrits commencés il y a longtemps et jamais vraiment finalisés, mais que j’ai envie de reprendre. Et puis sous la pression de mes premiers relecteurs, j’ai commencé à imaginer une suite au Vent des Lumières… Mais là, ce sera pour beaucoup plus tard !

Portrait chinois

Si vous étiez un écrivain célèbre, vous seriez : Beaumarchais, évidemment ! Mais j’aurais bien aimé aussi être Flaubert, dans un autre genre.

Si vous étiez le personnage d’un roman, vous y seriez : Scarlett O’Hara… parce que « Taratata, demain est un autre jour ! ». Je pense que j’aurais bien aimé être Éléonore de Flogeac, aussi !

Si vous écriviez vos mémoires, quel en serait le titre : Quelque chose comme « Rêveries du promeneur solitaire » parce que ça me correspond assez bien comme titre (pas forcément comme livre !).

Si votre livre était adapté au cinéma, quel acteur voudriez-vous pour jouer le rôle ? Ce n’est pas évident car je n’ai pas forcément « photographié » mes personnages et en plus je ne suis pas très cinéphile… Le seul pour lequel j’ai une image, c’est forcément Fabrice Luchini dans le rôle de Beaumarchais. Non seulement j’aime beaucoup sa manière de jouer mais surtout son interprétation dans Beaumarchais l’insolent était savoureuse, truculente, parfaite… exactement comme je m’imagine Beaumarchais : un grand gugusse bavard, braillard, sanguin… mais qui peut être aussi secret et un brin torturé.

Si vous organisiez un dîner exceptionnel, qui seraient vos invités idéaux ? Toujours et encore Beaumarchais qui pourrait enfin rencontrer Mozart. Sinon ce serait assez éclectique : Eric-Emmanuel Schmitt, Dostoievski, les membres du groupe U2, Jean d’ Ormesson, Pierre Soulages, Régis Debray, Roland Barthes, Beethoven. Peut-être aussi le pape François : sans être croyante, j’aime ce qu’il draine autour de lui.

Auto, bio, graphie, etc…

Je suis née en 1975 dans une ville d’étudiants qu’on appelle Rennes, en Bretagne – c’est peut-être pour ça que j’ai attrapé le virus du vouloir-tout-savoir de très bonne heure : à deux ans et demi, j’ai faussé compagnie à ma mère, histoire d’aller à l’école, de l’autre côté du boulevard. Elle m’a retrouvé au bout d’une heure… et je suis restée en classe pendant 22 ans.

Mon électricien de papa avait rencontré ma maman à l’usine de confection où ils travaillaient tous les deux (elle cousait des petites culottes, il taillait des jeans…). Puis un jour, l’usine a fermé. Heureusement, à l’époque, on perdait son boulot le matin et on en retrouvait un autre à midi. Ma mère en a profité pour me faire une petite soeur pour que je sorte de mes livres (ça n’a pas marché…).

Chez moi, on lisait très peu, sauf moi qui lisait tout le temps, ainsi que ma soeur (mais elle, elle dessinait surtout). Même sous la couette avec ma lampe de chevet (si bien que mon électricien de papa m’a coupé le courant pour que je dorme enfin). A l’école, je finissais toujours première de ma classe pour avoir le droit de choisir en premier un livre à la bibliothèque scolaire.

Un jour, mon père a construit en quelques mois une maison en pleine campagne, parce que l’HLM, c’était vraiment trop petit pour cultiver des pommes de terre. Je venais d’avoir neuf ans.

Dans mes premières années campagnardes, mon grand bonheur était d’observer les oiseaux, regarder les vaches derrière chez moi, courir après mon chat, m’allonger dehors… et écouter le vent dans les arbres (c’était un bruit nouveau pour moi : au parc de Bréquigny que j’investissais souvent, on ne pouvait pas entendre le vent dans les arbres, à cause de la rocade qui passait derrière).

Au collège, j’ai commencé à réécrire les livres et les films dont le déroulement ne me plaisait pas : je jouais les démiurges, changeais les répliques, permettais les impossibles. Ma prof de français se régalait toujours des trois ou quatre copies doubles que je lui remettais à chaque rédaction (forcément, mes camarades me considérait au pire comme une demeurée, au mieux comme une fayotte).

Un petit frère inattendu fit son apparition alors que j’avais quatorze ans. L’année suivante, je rencontrai celui qui allait partager ma vie. L’année encore suivante, je suis entrée au lycée et à l’internat à Redon (ma cambrousse était vraiment isolée !).

En Seconde, je décidai de devenir écrivain mais découvris avec horreur qu’il n’existait pas de diplôme pour ça. Je ne voulais surtout pas être prof, je ne voulais plus être vétérinaire, je ne pouvais pas être agronome (pour cause d’incompatibilité d’humeur avec les maths). J’étais plutôt douée dans mon option Techniques des Systèmes Automatisés (qui n’a strictement rien à voir avec l’écriture, mais qui m’a drôlement servie pour dépanner la machine à laver… et comprendre le fonctionnement des ordinateurs) mais je me voyais mal mener une carrière d’ingénieure.

En désespoir de cause, je me suis rabattue sur le journalisme. J’ai écrit la première version d’une histoire mettant en scène Caroline, obtenu mon bac de français avec trente points d’avance (c’est toujours utile quand on a 5 en maths…) puis mon bac littéraire avec mention. Je suis ensuite partie faire mes armes à l’école de journalisme de Tours, j’en suis revenue bien désillusionnée sur la réalité du métier, et me suis consolée en passant un Deug d’Histoire. Puis, le professionnalisme reprenant le dessus, j’ai passé une maîtrise en communication. Aujourd’hui, je suis responsable du service communication et animation culturelle d’une petite ville de l’agglomération rennaise (après avoir débuté comme animatrice multimédia).

Pendant tout ce temps, j’ai trouvé cinq minutes pour me marier, faire deux filles, réécrire cinquante fois l’histoire de Caroline, commencer un roman historique, plus deux ou trois prémices d’autres écrits. Et maintenant je cherche un éditeur (et du rab de temps pour écrire !).