Du côté des indés : Marilyse Trécourt

Comme la dernière fois avec Azel Bury, je vous propose cette fois de découvrir les romans de Marilyse Trécourt, une autre « collègue » du Mooc Draftquest. Grâce à Librinova, Marilyse a signé un contrat d’éditeur avec la maison Mosaïc pour son premier roman « Au-delà des apparences » mais elle continue d’auto-publier ses autres romans.

Vous pouvez acquérir les ouvrages de Marilyse Trécourt ici (lien affilié : je recevrais une petite commission pour chaque ouvrage acheté depuis ce lien).

Au-delà des apparences

A tout seigneur tout honneur, Au-delà des apparences est donc son premier roman, qui a fait un carton en auto-publication (je crois qu’elle a flirté avec les 2500 exemplaires) avant d’être remarqué par Mosaïc. Ce roman est ce qu’on appelle un « feel-good book » (en français : un livre qui fait se sentir bien) : on y parle d’amour, mais aussi de confiance en soi, avec ce qu’il faut d’humour et d’introspection, sans oublier le suspense !

L’histoire

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Camille vient de perdre son mari, un mari qu’elle a passionnément aimé mais dont elle s’est doucement éloignée avec le temps, lasse d’être son épouse parfaite, jolie, discrète, toujours d’humeur égale … et trop souvent négligée.

Après les obsèques, elle est abordée par Romain, un homme séduisant avec qui elle noue timidement une amitié amoureuse.

Mais qui est-il vraiment, au-delà des apparences, et pour quelle raison mystérieuse met-il tant de cœur à aider Camille à se reconstruire et à échapper aux conventions qu’elle s’impose ? Sa générosité est-elle parfaitement honnête ?

C’est le twist final qui donne la clé de ce roman chaleureux et plein d’humanité qui maintient avec talent son joli suspense. Marilyse Trécourt invite à faire tomber les masques et à insuffler de l’espoir dans la vie. Sans oublier la petite dose de magie dont chacun ose rêver !

Le Bon Dieu sans confession

51frzz7fafl-_sx361_bo1204203200_Cette fois, il y a de l’enquête, mais ce n’est pas un policier à proprement parler que vous lirez… Une galerie de portraits savoureuse, y compris de l’héroïne et de son acolyte inénarrable dont les accents résonneront longtemps dans votre tête. C’est drôle et enlevé, très différent du premier roman mais tout aussi réussi.

L’histoire

Les Jardins d’Eden… En emménageant dans son nouvel appartement de cette résidence, Odette, une mamie dynamique, espérait y passer une retraite heureuse et paisible avec Elvis, son fidèle compagnon…

Pourtant, des incidents curieux et inquiétants viennent perturber leur nouveau petit paradis : quelqu’un semble prendre un malin plaisir à effrayer les locataires. Qui est-il ? Que veut-il ?

Odette mène l’enquête : tous les gens qu’elle rencontre sont charmants, que ce soit cette bimbo pas aussi écervelée qu’elle n’en a l’air, cet alcoolique désespéré, cette cartomancienne, ou encore ce sosie de Johnny Hallyday et tous les autres habitants auxquels on donnerait le Bon Dieu sans confession… Odette n’est pas dupe, des secrets se cachent dans l’immeuble. Bientôt, elle n’a plus qu’une idée en tête : démasquer le coupable pour venir en aide à ses voisins. Elle est loin d’imaginer où cette enquête la conduira…

Une autre vision du bonheur

51shq7iyoml-_sx360_bo1204203200_Je vais faire plus court car je n’ai pas lu ce recueil de nouvelles, mais sept d’entre elles ont gagné des concours, ce ne peut être que gage de qualité. Et quand on a lu les autres romans de Marilyse… on se dit qu’on ne prend pas grand risque !

Le résumé

Le bonheur, c’est quoi pour vous ? Si notre vision du bonheur est différente pour chacun d’entre nous, nous sommes tous à sa recherche.

C’est aussi le cas des personnages que vous croiserez dans ce recueil de nouvelles : une femme qui cherche à trouver la formule du bonheur pour sauver son mari, un enfant au pays des rêves bleus, une voyageuse au bout du rouleau, deux anges que tout oppose, un miraculé, un tueur en série, un couple en danger et le cobaye d’une nouvelle expérience : la vie.

Otage de ma mémoire

936612_924909637607664_436336181339522474_nCe roman est le dernier écrit par Marilyse, j’ai eu le plaisir et l’honneur de le « bêta-lire » en avant-première et je n’ai pas du tout été déçue. Il sera prochainement disponible et je lui souhaite autant de succès que pour Au-delà des apparences… C’est l’histoire d’une jeune femme qui, suite à un accident, se réveille dans un hôpital, sans papiers, sans identité… et sans mémoire. Elle ignore absolument tout ce qui s’est passé, elle a tout oublié, y compris son prénom. Commence un long et douloureux chemin vers elle-même au cours duquel elle découvrira bien des choses qu’elle ignorait même avant de perdre la mémoire.

C’est un roman beaucoup plus sombre que les précédents, très émouvant mais on retrouve la touche d’espoir qui caractérise les histoires de Marilyse. Je vous le recommande aussi, dès qu’il sera paru !

 

 

Voilà le petit tour des livres de Marilyse Trécourt… La bonne nouvelle, c’est que son 4ème roman est en cours d’écriture ! Vous pouvez la retrouver sur son blog et sa page Facebook.

 

Du côté des auteurs indés : Azel Bury

En attendant que mon troisième roman termine de mijoter, je vous propose de découvrir pendant les prochains billets quelques auteurs indépendants (on les appelle « les indés » ou « indies »). Les indés, ce sont des auteurs auto-édités, soit par choix, soit en attendant d’intégrer le monde de l’édition. Et contrairement à ce qu’on pense, il n’y a pas que des bouses… il y a aussi du très bon (la preuve, même les gros éditeurs commencent à faire leur marché chez les Indés). Cette semaine, découverte de l’univers d’Azel Bury.

La baie des morts

51wasna0-fl-_sx321_bo1204203200_Roman mi-fantastique, mi-policier, La baie des morts ravira les amateurs des deux genres. Le rythme est enlevé, le style percutant, on ne s’ennuie pas une minute, même quand on est confronté aux monologues étranges des âmes des vikings. Car, dans ce roman, les légendes viking se mêlent aux histoires paranormales pour élucider le mystère d’un crash aérien en Ecosse (il y a donc aussi des fantômes, en plus des vikings !).

J’ai lu ce roman parce qu’Azel était en train de l’écrire pendant notre premier Mooc Draftquest commun : moi qui n’aime pas forcément les romans policiers, j’ai plongé dedans sans m’en rendre compte et je n’ai pas réussi à le refermer avant d’avoir fini ! On retrouvera les enquêteurs de ce roman, Irma et Adriel, dans Orisha Song, à paraître prochainement.

Le résumé

Irma et Adriel,  journalistes  américains pour une émission à la noix intitulée   Au delà de l’au-delà   sont en mission en Ecosse : un petit garçon de 7 ans, Nicholas, voit des morts.  Le fantôme d’une petite fille cherche son jouet. Cruden Bay,  la baie des morts, est un village plutôt tranquille. Pourtant, il y a mille ans, une bataille terrible eut lieu sur ses terres, entre vikings et écossais. Il y a trente ans, un avion de ligne est tombé sur ses toits. Est-ce que le fantôme qui hante Nicholas est mort le jour du crash ? Est-ce que c’est le fantôme d’un viking qui semble courir la lande ? Joanna et Josepha, respectivement traqueuse de fantômes et médium guident nos deux journalistes sur les lieux. On va comprendre rapidement que l’affaire est plus compliquée que ça : Cruden Bay qui porte bien son nom,  a décidément bien des cadavres dans ses placards…

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La femme qui tua Stephen King

lfqtsk-cover-1000x1500-480x640C’est le premier roman d’Azel et je l’ai lu après La baie des morts. Là encore, je me suis faite attrapée car j’ai lu le livre d’une traite : le roman est écrit avec des mises en abîmes très réussies et surtout un humour noir… très noir. Mais si l’héroïne veut tuer Stephen King, ce n’est en fait qu’un vibrant hommage au maître du suspense, hommage très réussi et même si l’on n’aime pas particulièrement King. On retrouve le style percutant, drôle et même déjanté de l’auteur, à travers une histoire qui ne l’est pas moins !

Le résumé

Irma en a marre des écrivains à succès… Elle aussi elle veut gagner du fric ! Elle va imaginer un plan pour se débarrasser de Stephen King… Et petit à petit, elle va sombrer dans la folie. Une mise en abyme qui vous fera rire, car c’est une histoire comique avant tout… !

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De l’amour comme s’il en pleuvait

51urhny3del-_sx351_bo1204203200_On change de registre… Ce petit roman, écrit en quelques semaines, n’a pas l’air d’être ce qu’il est vraiment. ça dégouline d’amour, de sentiments, de bluette et de romance, certes, mais… c’est à lire au second degré ! On est ici dans le détournement de genre, très réussi ma foi, parce qu’on arrive à se prendre au jeu quand même : on a hâte de savoir ce qui arrive aux héroïnes de cette histoire. On y retrouve aussi les mises en abîmes chères à Azel, puisqu’il y a une histoire qui s’écrit à l’intérieur même de l’histoire.

Le résumé

« La vie se déroule comme une autoroute à deux voies : je suis sur celle de droite et je n’ai aucune envie d’embrayer.
Je les vois toutes, les copines, foncer droit dans le mur de la destinée… elles sont heureuses pendant six mois, un an, et puis c’est le chaos, la descente aux enfers, la rupture et la dépression. Non merci, pas pour moi. J’ai choisi mon camp.
Lisa aussi.
Elle a choisi le camp adverse.  »

Anna et Lisa vont tout de même trouver le grand amour ! Un feelgood book, avec de la romance et de l’humour !

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De l’amour et des anges

516swkdo25l-_sx311_bo1204203200_Nous sommes encore dans la romance, mais cette fois « pour de vrai » : c’est une jolie histoire d’amour et d’anges (donc) à travers laquelle on suit le cheminement de l’héroïne vers une difficile reconstruction après une douloureuse épreuve. Et, là encore, des histoires entrecroisées, ou plutôt parallèles, donnent tout son charme à ce roman doux comme une sucrerie au goûter. A lire quand on voit tout en noir, pour se remonter le moral. Ces anges sont bien mignons, tout comme Angus et Amy, et on se prend à vouloir les suivre dans un autre opus…

Le résumé

Chacun de leur côté,  ils ont connu bien trop tôt une rupture brutale. Leurs routes vont se croiser, sous le regard bienveillant de deux étranges observateurs… ÊTES-VOUS PRÊTS ?

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Pour suivre toute l’actualité d’Azel Bury, je vous invite à visiter son blog et sa page facebook.

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[Braconnages] Fiona Toussaint : « Sept jours en danger »

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Une fois n’est pas coutume, je vous propose aujourd’hui des braconnages d’un auteur indépendant (ou auto-publié). J’ai découvert MBS, l’auteur de Sept jours en danger, sur le forum de Liens Utiles, Forum LU pour les intimes. Sept jours en danger est le premier tome des aventures de Fiona Toussaint, jeune thésarde en histoire, célibataire, asociale et obnubilée par ses bouquins…

Avec un talent de feuilletoniste que sa modestie peine à reconnaître, MBS vous embarque dès le premier chapitre pour ne plus vous lâcher avant la fin. Pour ne rien gâcher, c’est aussi un historien qui sait nous faire partager sa passion pour l’histoire à travers les aventures de cette jeune femme.

Vous pouvez lire MBS sur son blog et sur le forum LU. Si la lecture sur écran ne vous rebute pas, vous y trouverez d’autres de ses textes, les aventures de Fiona bien sûr (dont il est en train d’écrire le dixième tome !) mais aussi celles d’autres héros parmi lesquels Podane de Grime (disponible aussi en ebook) et Cathy Van Der Cruyse, la belge la plus blonde de l’histoire du roman policier.

En plus d’être un historien dont l’oeil est précieux pour qui écrit des romans historiques (genre moi !), « Mister Blue Sky » est une plume affûtée fort agréable à lire. Il est également webmestre du site historique HistWeb, une encyclopédie historique en ligne.

Résumé : Comment réagit-on quand, sans prévenir, une équipe de télévision débarque dans votre quotidien avec la ferme intention de vous changer pour vous rendre plus sociable ? Forcément mal. Surtout quand on s’appelle Fiona Toussaint, qu’on a 28 ans, pas de petit copain, aucune forme de confiance en soi et une thèse d’histoire moderne sur le feu…

  • S’il y avait souvent deux prises, c’était pour pouvoir concentrer l’une d’entre elles sur mes yeux, mes lèvres, mes mains. Du coup, je ne quittais jamais l’écran. Et tout était fait pour cibler dans le récit vidéo les moments où ma raison avait vacillé sous le poids de la peur. Tout était trié dans ce seul objectif. Tout était mensonge. De ces mensonges d’aujourd’hui qui deviennent vrais juste parce qu’on les a vus à la télé.
  • Je n’en revenais pas. Je parlais avec une telle facilité qu’on aurait dit un vieil homme politique capable de s’entretenir avec un interlocuteur qu’il ne connaissait pas dix minutes avant comme s’il l’avait fréquenté depuis toujours.
  • Oui, là, ça sautait aux yeux ! Je pouvais être belle ! Pas jolie du genre à faire tourner les hommes en bourrique d’un simple battement de paupières, mais je pouvais briller un petit peu par moi-même. Je n’étais pas une vieille lune, un astre froid, n’émettant rien que les autres puissent percevoir. Leurs « dangers » avaient un drôle d’effet sur moi. Ils ne me détruisaient pas. Il semblaient me construire.
  • Bien évidemment, mon esprit d’historienne m’amenait à me mettre à la place des autres pour tenter de les comprendre.
  • Il faut comprendre que l’Histoire, ce n’est jamais quelque chose de simple. Il faut sans arrêt se poser des questions, s’interroger, ne pas rester prisonnier des convictions qu’on peut avoir mais au contraire toujours les remettre sur le métier, explorer, creuser, fouiller…
  • – Vous appelleriez ça comment ?
    – Une putain de fierté !
    – Bah, tant que vous n’intervertissez pas les mots, ça ne me gêne pas.
  • A force de mentir par omission, vous oubliez que ce sont des mensonges que vous servez aux gens… Que c’est une illusion… Et le pire c’est que des gens comme vous finissent par croire aux illusions qu’ils délivrent à la masse. Ce n’est pas parce que j’aime être à l’écart que je méprise les gens… Au contraire, j’aime les gens, c’est pour ça que je les regarde de loin. Pour ne pas les embêter avec ma petite vie et mes petits problèmes. Et si je suis ironique, c’est justement parce que de loin on voit mieux les travers de notre monde.
  • Je ne serai pas reconnue. Tu parles ! Quand on passe sur les écrans, on finit toujours par être reconnu. Le téléspectateur n’a pas toutes les qualités, mais il est bigrement physionomiste !
  • Vous pouvez réfléchir sur des tas de choses complexes mais pas sur vous qui vous comportez pourtant avec la plus grande simplicité.
  • Se calmer pour pouvoir passer à autre chose. Voilà une compétence que j’avais rodée depuis des années, fort heureusement. Avant les examens, j’avais une tendance à monter en pression pour être carrément survoltée dans l’heure qui précédait. (…) Il suffisait d’un sas de quelques minutes pour que tout retombe. Comme dans une écluse, je fermais une porte, celle de la tension, pour en ouvrir une autre, celle de la concentration.
  • J’avais franchi un mur, déconnecté ma personnalité de toutes ses limites mentales.
  • Sortez de votre grisaille, arrêtez de croire que vous allez faire du mal à la Terre parce que vous existez. Dîtes-vous qu’au contraire, c’est votre existence même qui peut faire le bonheur des gens…
  • Il ne suffit pas de vouloir donner aux autres, il faut aussi savoir comment donner pour que cela soit bien reçu.
  • Le ciel dégagé invitait à se perdre dans des mondes lointains, à se dégager des pesanteurs terrestres pour s’évader ailleurs.
  • Mes réponses sont stupides parce que vos questions le sont… Je ne sais pas ce que vous avez repris comme images dans votre résumé de la semaine et je n’ai pas l’habitude, par formation, de parler sur des documents que je n’ai pas lus, vus et travaillés. Donc, si vous me demandez de répéter des évidences, je vous balancerai des âneries.
  • Vous avez raison, Daphné… Ces images-là n’existent pas… Mais cela ne signifie pas pour autant que cela ne s’est pas passé. Avons-nous des images de la bataille de Waterloo ou d’un discours de Robespierre à la Convention ? Non… et pourtant, tout le monde sait bien que cela a eu lieu. Inversement, alors qu’on a des images du 11 septembre, il se trouve des gens pour penser que tout cela est faux… Donc, les images, quelle belle preuve !
  • Quand la victime refuse d’être complice de la manipulation qui s’organise autour d’elle, quand elle en démonte les mécanismes pour les exposer sur la place publique, la téléréalité ne peut pas tenir le choc. Leur réalité est en toc et ça finit par se voir, ça finit par se savoir.

Tous les tomes de Fiona Toussaint (et d’autres) sont disponibles au format papier (pas encore en numérique, mais je le tanne !) sur Lulu, à cette adresse.

 

[Braconnages] Présentations de la philosophie / André COMTE-SPONVILLE

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Pause dans les billets sur l’écriture, voici mes braconnages dans l’ouvrage court d’André Comte-Sponville. Une introduction à la philosophie que je trouve plutôt abordable, bien écrite, qui donne l’impression d’une discussion à bâtons rompus avec l’auteur. Un bon ouvrage, à mon sens, pour aborder la philo autrement que de manière scolaire, pour réfléchir aussi sur soi, le monde et les autres…

La morale

  • La philosophie n’est pas une science, ni même une connaissance, ce n’est pas un savoir de plus : c’est une réflexion sur les savoirs disponibles. C’est pourquoi on ne peut apprendre la philosophie, disait Kant : on ne peut qu’apprendre à philosopher. Comment ? En philosophant soi-même : en s’interrogeant sur sa propre pensée, sur la pensée des autres, sur le monde, sur la société, sur ce que l’expérience nous apprend, sur ce qu’elle nous laisse ignorer…
  • Les sciences humaines ne diront jamais ce que vaut l’humanité, ni ce qu’elles valent. C’est pourquoi il faut philosopher : parce qu’il faut réfléchir sur ce que nous savons, sur ce que nous vivons, sur ce que nous voulons et qu’aucun savoir n’y suffit ou n’en dispense.
  • La morale commence où nous sommes libres : elle est cette liberté même, quand elle se juge et se commande.
  • La peur du gendarme est le contraire de la vertu, ou ce n’est vertu que de prudence.
  • La morale, c’est la loi que je m’impose à moi-même ou que je devrais m’imposer, indépendamment du regard d’autrui et de toute sanction ou récompense attendues.
  • « La morale, disait Alain, n’est jamais pour le voisin. »
  • Il s’agit de se soumettre personnellement à une loi qui nous parait valoir, ou devoir valoir pour tous.

La politique

  • La politique est la gestion non guerrière des conflits, des alliances et des rapports de force (…) à l’échelle de toute une société. C’est donc l’art de vivre ensemble, dans un même Etat, une même cité (polis en grec), avec des gens que l’on n’a pas choisis, pour lesquels on n’a aucun sentiment particulier et qui sont des rivaux, à bien des égards, autant ou davantage que des alliés.
  • Ne pas faire de politique c’est renoncer à une part de ton pouvoir, ce qui est toujours dangereux, mais aussi à une part de ses responsabilités, ce qui est toujours condamnable.
  • Etre solidaire, c’est défendre les intérêts de l’autre, certes mais parce qu’ils sont aussi – directement ou indirectement – les miens (c’est différent de la générosité qui suppose le désintéressement.

L’amour

  • Il faut donc aimer l’amour ou n’aimer rien – il faut aimer l’amour ou mourir ; c’est pourquoi l’amour, non le suicide, est le seul problème philosophique vraiment sérieux.
  • C’est l’amour qui fait vivre, puisque c’est lui rend la vie aimable. C’est l’amour qui sauve, c’est donc lui qu’il faut sauver.
  • Qu’il faille s’aimer soi, par exemple, est une évidence : comment pourrait-on nous demander, sinon, d’aimer notre prochain comme nous-mêmes ?
  • Eros est premier, toujours, et c’est ce que Freud, après Platon ou Schopenhauer, nous rappelle ; Agapè est le but (vers lequel nous pouvons au moins tendre) que les Evangélistes ne cessent de nous indiquer ; enfin Philia est le chemin ou la joie comme chemin : ce qui transforme le manque en puissance et la pauvreté en richesse.

La mort

  • Penser la mort, c’est la dissoudre. Mais cela n’a jamais dispensé personne de mourir, ni ne l’a éclairé à l’avance sur ce que mourir signifiait.
  • On ne vivra pas la même façon, on ne pensera pas de la même façon selon qu’on croit ou non qu’il y a « quelque chose » après la mort.
  • Philosopher, ce n’est apprendre à mourir que parce que c’est apprendre à vivre et parce que la mort – l’idée de la mort, l’inéluctabilité de la mort – en fait partie.
  • C’est ce à quoi l’idée de la mort peut servir : à rendre la vie plus acceptable, par l’espérance, ou plus irremplaçable, par l’unicité. Une raison, dans les deux cas, de ne la gaspiller point.
  • Il faut donc penser la mort pour aimer mieux la vie – en tout cas pour l’aimer comme elle est : fragile et passagère – pour l’apprécier mieux, pour la vivre mieux.

La volonté

  • Comment connaîtrions-nous les choses telles qu’elles sont en elles-mêmes puisque les connaître c’est toujours les percevoir ou les penser comme elles sont pour nous ?
  • L’Etat limite ta liberté ? Sans doute ; mais il limite aussi celle des autres, ce qui permet seule à la tienne d’exister valablement. Sans les lois, il n’y aurait que les violences et la peur.
  • Mais est-on libre de vouloir ce qu’on veut ?
  • Tu fais ce que tu veux ? Bien sûr ! Mais pourquoi le veux-tu ? Ta volonté fait partie du réel, elle est soumise, comme tout le reste, au principe de la raison suffisante (rien n’existe sans raison : tout s’explique), au principe de causalité (rien ne naît de rien : tout a une cause) et  enfin du déterminisme général des êtres macroscopiques.
  • Le libre arbitre, écrit Marcel Conche, c’est le pouvoir de se déterminer soi-même sans être déterminé par rien.

Dieu

  • Dieu existe donc par définition : penser Dieu (le concevoir comme suprême, parfait, infini…), c’est le penser comme existant.
  • Quand bien même elles démontreraient l’existence de quelque chose de nécessaire, d’absolu, d’éternel, d’infini… etc, elles échouent à prouver que ce quelque chose soit un Dieu au sens où l’entendent la plupart des religions : non seulement un être mais une personne, non seulement une réalité mais un sujet, non seulement quelque chose mais quelqu’un – non seulement un Principe mais un Père.
  • Etre athée, c’est être sans dieu, soit parce qu’on se contente de ne croire en aucun, soit parce qu’on affirme l’inexistence de tous. Dans un monde monothéiste, on pourra en conséquence distinguer deux athéismes différents : ne pas croire en Dieu (athéisme négatif) ou croire que Dieu n’existe pas (athéisme positif voire militant). Absence d’une croyance ou croyance en une absence.
  • Et l’agnostique ? C’est celui qui refuse de choisir. Très proche en cela de ce que j’appelle l’athéisme négatif, mais plus ouvert, c’est sa marque propre, à la possibilité de Dieu (…). L’agnostique, en matière de religion, est celui qui ignore si Dieu existe ou pas et qui s’en tient à cette ignorance.
  • Le troisième argument peut surprendre davantage. Si je ne crois pas en Dieu, c’est aussi, et peut-être surtout, parce que je préférerais qu’il existe.

L’art

  • Dans l’art, il ne s’agit pas d’imiter le beau, qui n’en a pas besoin, mais de le célébrer quand il est là, de le créer quand il fait défaut ou quand il passe inaperçu. C’est ce que la photo nous rappelle aujourd’hui. Le moindre cliché fait une imitation convenable. Mais combien sont de l’art ? Combien valent par eux-mêmes ?
  • Les inventeurs font gagner du temps. Les artistes en font perdre et le sauvent.
  • Imagine que Newton ou Einstein soient morts à la naissance. L’histoire des sciences, certes, en eût été changée mais dans son rythme davantage que dans son contenu, dans ses anecdotes davantage que dans son orientation. Ni la gravitation universelle ni l’équivalence de la masse et de l’énergie n’eussent été pour cela perdues : un autre, plus tard, les aurait découvertes et c’est en quoi il s’agit de découvertes, en effet, et non, là encore, de créations. Mais si Shakespeare n’avait pas existé, si Michel-Ange ou Cézanne n’avaient pas existé, nous n’aurions jamais eu aucune de leurs oeuvres ni rien qui puisse les remplacer.

Le temps

  • Il faut que le temps soit, puisque rien, sans lui, ne pourrait être.
  • Si l’avenir existait, il ne serait pas à venir : il serait du présent.
  • Comment le temps serait-il à venir, puisqu’il est toujours déjà là, puisqu’il nous précède, puisqu’il nous accompagne, puisqu’il nous contient ?
  • « Si bien que ce qui nous autorise à affirmer que le temps est, c’est qu’il n’est plus » Saint-Augustin.
  • Le passé n’est plus, l’avenir n’est pas encore : il n’y a que le présent, qui est l’unique temps réel.
  • Mais parce que l’éternité n’est rien d’autre, dans sa vérité, que le toujours – présent du réel et du vrai. Qui n’a jamais vécu un seul hier ? Un seul demain ? Nous ne vivons que des aujourd’hui et c’est ce qu’on appelle vivre.
  • Ce n’est pas parce que l’être est dans le temps qu’il dure ; c’est parce qu’il dure qu’il est dans le temps.

L’homme

  • Comment parler des droits de l’homme si l’on ne sait pas de quoi – ou de qui – on parle ? Il nous faut au moins un critère, un signe distinctif, une marque d’appartenance, ce qu’Aristote appellerait une différence spécifique. Laquelle ? L’espèce elle-même, à laquelle nous appartenons.
  • Que la vie soit à ce point difficile, fragile, précieuse, dangereuse, comme elle est en effet, c’est une raison de plus pour philosopher le plus tôt possible, autrement dit pour apprendre à vivre, autant que faire se peut, avant qu’il ne soit trop tard.
  • Voir les choses comme elles sont ; savoir ce qu’on veut. Ne pas se raconter d’histoires. Ne pas faire semblant.
  • Ce n’est pas parce que le sage est plus heureux que nous qu’il aime la vie davantage. C’est parce qu’il l’aime davantage qu’il est plus heureux.
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[Braconnage] Les heures souterraines / Delphine de Vigan

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Les braconnages sont des phrases glanées au fil de mes lectures et notées pour leur sonorité, ou bien leur sens, ou bien leur poésie. Ou parfois pour tout ça à la fois…

  • Lila ne le reconnaît pas au sens informatique du terme, exactement comme certains ordinateurs ne peuvent lire un document ou ouvrir certains disques. Il ne rentre pas dans ses paramètres. Dans sa configuration.
  • Combien de fois a-t-elle pensé qu’on pouvait mourir de quelque chose qui ressemble à ce qu’elle vit, mourir de devoir survivre dix heures pas jour en milieu hostile ?
  • Il s’était longtemps demandé si Lila était aussi, de manière essentielle, si ce refus de toute démonstration en dehors d’un lit était sa façon d’être, une donnée de base qu’il devait accepter et contre laquelle il ne pouvait rien. Ou si au contraire ce traitement lui était réservé, ne concernait que lui, une manière silencieuse de lui rappeler le registre dans lequel ils évoluaient et qu’entre eux ne se jouait rien d’autre qu’une affaire de corps, rien qui pût s’apparenter de près ou de loin à une histoire. Ils n’étaient pas ensemble. Ils ne formaient rien, aucune géométrie, aucune figure. Ils s’étaient rencontrés et s’étaient contentés de reproduire cette rencontre, autant de fois qu’ils s’étaient vus : se mélanger l’un à l’autre et constater l’évidence de la fusion.
  • Quand on est capable d’aimer l’autre tel qu’il est, quand on est seul à savoir ce qu’il peut devenir, quand on a envie de partager l’essentiel, de le projeter sur une surface nouvelle inventée… Quand ça devient plus important que tout le reste. (A partir de quand on est un couple ?)
  • Aujourd’hui, la mort de Philippe n’est plus une douleur. La mort de Philippe est un manque qu’elle a apprivoisé. Avec lequel elle a appris à vivre. Philippe est sa part manquante, un membre amputé dont elle garde la sensation précise.
  • Sa vie n’est rien d’autre que ça : une vue imprenable sur l’ampleur du désastre.
  • Elle a pensé aux raccourcis clavier, mentalement elle a établi la liste de ceux qu’elle connaissait – à partir des touches ALT ou CTRL – permettant de copier, coller, enregistrer, elle s’est demandée s’il existait des fonctions comparables dans la vie quotidienne, une manière d’aller plus vite, de contourner le problème, de passer outre.