Un tour en forêt de Brocéliande

Cette semaine je vous emmène à Brocéliande, sur les lieux de mon dernier roman Les ombres de Brocéliande… Nous y avons fait une escapade début mai, pour l’anniversaire de ma grande fille… qui s’appelle Morgane (non, ce n’est pas un hasard ! 😉 ). Pour ne pas faire un billet trop long, je vous propose aujourd’hui la première partie, à l’ouest de la forêt : Paimpont, Tréhorenteuc et Barenton.

Comme les copines de mes filles ne connaissaient pas du tout la forêt, nous avons fait une boucle en voiture en faisant des pauses, en partant de Paimpont.

L’abbaye de Paimpont et la Porte des Secrets

Si vous n’êtes jamais venu en Brocéliande, je ne peux que vous conseiller de commencer par poser votre voiture à Paimpont, en plein coeur de la forêt, sur le parking de la majestueuse abbaye qui abrite aujourd’hui la mairie. Vous trouverez dans les rues du bourg plein de petites boutiques celtiques et médiévales, si vous aimez le shopping.

Le lac de l’abbaye était majestueux, d’un calme olympien lui aussi, à peine troublé par les promeneurs qui parsemaient les berges. Tout autour, la forêt barrait l’horizon d’une masse sombre et imposante. Il se tourna vers l’abbaye, en pierres grises, admirablement restaurée, avec des huisseries d’un très beau grenat. En montant vers elle, il vit sur la gauche, l’office de tourisme, au fond d’une sorte de petite placette située au carrefour des deux rues principales commerçantes du bourg. Cafés, restaurants, boutiques d’artisans se succédaient dans cette artère.
(Les ombres de Brocéliande, Chapitre 9)

Tout près de l’abbaye, l’office de tourisme de Brocéliande a ouvert depuis quelques années la Porte des secrets, un parcours scénographique de 45 mn qui vous fait littéralement plonger dans la magie de la forêt. Même pour moi qui connait ça par coeur, je me laisse embarquer à chaque fois… Je dis que c’est bien pour commencer car, après ça, vous ne regardez plus la forêt de la même façon : ce n’est plus une simple forêt, c’est… Brocéliande. 🙂

Si vous êtes attentif, vous devriez trouver le bar dans lequel Marion donne rendez-vous à Gabriel dans le roman (si, si, là sur la place !).

Le Val sans retour

De Paimpont, direction Tréhorenteuc (le village où se trouve le manoir dont hérite Gabriel, dans le roman), via une loooongue route qui m’impressionnait quand j’étais petite car on a toujours l’impression que l’on monte vers les cieux 😉 .

Cela faisait un moment que je n’y étais pas retournée et depuis mes souvenirs d’enfants, les lieux ont été aménagés pour la promenade, sans toutefois dénaturer la forêt. Il faut laisser la voiture sur le parking à la sortie du village et prendre le chemin de gauche pour commencer par les hauteurs du Val (si vous prenez à droite vous commencerez par le bas… mais à mon avis c’est moins joli).

Miroir aux fees Broceliande
Le Miroir aux Fées, dans le fond du Val sans retour…

Le Val sans Retour, c’est le repaire de la fée Morgane : au fond du val se trouve un petit lac qu’on appelle le Miroir aux fées. On raconte que les fées viennent y admirer leur reflet car jamais aucun souffle de vent ne perturbe la surface des eaux. Dans la légende, Morgane, trahie par son amoureux le chevalier Guyomard, lui jette un sort pour qu’il erre sans fin dans le val sans jamais trouver la sortie : ce sera aussi le lot de tous les hommes infidèles qui franchissent les portes du Val (faites attention si c’est votre cas ! 😀 ). Cela dit, apparemment, le chevalier Lancelot du Lac, grâce  sa fidélité à sa dame Guenièvre, a, semble-t-il, déjoué les sortilèges de Morgane…

Enfin, au bout d’une vingtaine de minutes, Marion bifurqua sur un parking — toujours violet.
— Encore de la marche ? plaisanta le jeune homme.
— On ne rencontre pas les fées et les enchanteurs en voiture !
On accédait au Val sans retour par un chemin bitumé qui laissait peu à peu la place à une piste caillouteuse semée de schistes et de roches grises serpentant sous les arbres. L’après-midi touchait à sa fin et le soleil baignait les champs et la forêt d’une lumière admirable. Au bout d’un moment, ils arrivèrent en crête d’une vallée, en bas duquel un lac aux eaux parfaitement immobiles était bordé par la forêt qui en protégeait la surface des coups de vent.
(Les ombres de Brocéliande, chapitre 12).

Le siège de Merlin

En arrivant en haut du chemin, au milieu de la lande, vous trouverez le siège de Merlin (bon, en soi, c’est juste un creux dans un rocher de schiste 😀 , mais comme le dit Gabriel, les Bretons ont cette manie rigolote de mettre de la légende dans chaque élément naturel !).

Le siège de Merlin, à Brocéliande
Je me prends pour Merlin 🙂

Le rocher des Faux Amants

Tout près se trouve également  le rocher des Faux Amants : un rocher violet en forme de coeur qui domine le Miroir aux fées. On dit qu’il symbolise Guyomard l’infidèle et sa copine, tous deux pétrifiés par Morgane furieuse d’avoir été trahie.

Le rocher des Faux Amants à Brocéliande, au Val sans retour.
Le rocher des Faux Amants à Brocéliande, au Val sans retour.

L’arbre d’Or

En passant devant le rocher des Faux Amants, vous descendez vers le fond du Val, vers l’étang du Miroir aux Fées. Lors de votre descente, vous pouvez déjà apercevoir l’Arbre d’Or, installé là après les incendies de 1990 qui ont été un traumatisme important pour les gens du secteur. Je me souviens encore du panache de fumée qu’on voyait depuis chez moi (j’habitais alors avec mes parents à une quinzaine de kilomètres à vol d’oiseau), pendant plusieurs jours. L’arbre d’or, une oeuvre de François Savin, symbolise la renaissance et l’immortalité de la forêt : en effet l’arbre d’or est entouré de cinq autres troncs restés complètement noirs.

L'arbre d'or, symbole de renaissance et d'immortalité de Brocéliande
L’arbre d’or, symbole de renaissance et d’immortalité de Brocéliande

Ce qui est marrant, c’est que l’Arbre d’Or n’existe donc que depuis 1990 mais il a déjà ses légendes : comme quoi, pas besoin de remonter aux mythes arthuriens pour raconter des histoires !

La chapelle du Graal

De retour dans le village de Tréhorenteuc, vous pouvez vous arrêter à l’église, que l’on appelle aussi Chapelle du Graal : c’est là qu’a « sévi » à partir de 1942 l’abbé Gillard, un prêtre un peu rebelle (il a été nommé au fin fond de la Bretagne par le diocèse par punition !) car il mélangeait un peu trop tradition chrétienne et rites païens. Mais comme l’abbé en question avait la tête dure, cet exil ne le calma pas (mais ce fut salutaire aussi, car il entreprit d’importants travaux de restauration).

Dans cette église, on retrouve donc mêlés les symboles catholiques mais aussi les légendes celtiques et les mythes arthuriens. Pour lui, le point commun entre ces trois mondes est le Graal : c’est ce que représente la mosaïque du Cerf blanc où des éléments des trois mondes vivent en harmonie.

J’aime beaucoup aussi le vitrail de la nef, où l’on trouve, tout en bas, des petits lapins ! Mais ils ne sont pas là par hasard…

Le vitrail de la nef de la chapelle du Graal, en Brocéliande.
Le vitrail de la nef de la chapelle du Graal, en Brocéliande. Vous avez vu les petits lapins en bas à gauche ?

Lapin Graal Brocéliande

En sortant (ou en entrant !), ne manquez pas non plus la mystérieuse inscription sur la voûte de la porte : « La porte est en dedans »… A vous de trouver votre propre interprétation 🙂 .

L'entrée de la chapelle du Graal à Tréhorenteuc, en Brocéliande
L’entrée de la chapelle du Graal à Tréhorenteuc, en Brocéliande

Marion et Gabriel ne passent pas à cet endroit mais j’avais envie de vous le faire découvrir, c’est cadeau !

La fontaine de Barenton

FOntaine de Barenton en Brocéliande
La fontaine de Barenton n’a rien de spectaculaire… sauf si on ouvre bien les yeux !

En quittant Tréhorenteuc pour remonter vers le nord, on croise un petit hameau joliment nommé Folle-Pensée. Au bout de la route, encore un petit parking : la fontaine de Barenton est en pleine forêt (il faut environ 20 mn de marche). On arrive à une petite clairière où se trouve la fontaine, au milieu de pierres plates. L’une d’entre elles s’appelle le Perron de Merlin. On dit que si l’on verse de l’eau de la fontaine sur cette pierre, ça déclenche des orages et qu’un chevalier noir viendra vous défier à mort… Personnellement, je n’ai jamais testé, mais il y a toujours un peu d’eau sur le perron 😉 … vestiges d’imprudents qui ont été occis par le chevalier noir ?

Si vous êtes attentif (et patient !), vous verrez peut-être l’eau « faire des bulles » (évidemment il y a une légende rattachée à cette manifestation magique : si vous faites un voeu et qu’immédiatement il y a des bulles qui apparaissent, votre voeu se réalisera…). Scientifiquement parlant (oui, je suis une grande cartésienne malgré tout !), les bulles sont générées par des poches de méthane dans le sous-sol de la forêt.

La fontaine est connue pour être le lieu où se sont rencontrés Merlin l’enchanteur et la fée Viviane, là où ils sont tombés amoureux.

Gabriel trempa sa main dans l’eau de la fontaine. Elle était glacée.
— Tiens, l’eau fait des bulles !
— Oui, la légende dit que l’eau bout… En fait, c’est du gaz méthane qui remonte par intermittence, expliqua Marion. On dit qu’il faut faire un vœu et s’il y a des bulles qui apparaissent à la fin de ton vœu, il sera exaucé…
— ça, je peux essayer, ça ne nécessitera pas de parapluie !
Marion sourit en observant Gabriel qui regardait le fond de la fontaine. Seules ses lèvres bougeaient en une prière muette qui l’émut. Quelques bulles montèrent jusqu’à la surface de l’eau et il releva un regard outremer triomphant vers elle.
— Je suppose que je dois garder mon vœu secret mais j’espère que nous avons fait le même, murmura-t-il.
— Tu es superstitieux ?
— Je pensais que non… Mais cette forêt est une magicienne à elle toute seule : elle t’engage à y croire, que tu le veuilles ou non !
(Les ombres de Brocéliande, chapitre 27)

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui ! La prochaine fois, on continue la promenade avec Comper, Concoret, le tombeau de Merlin, la fontaine de Jouvence et des arbres remarquables. Et vous, vous connaissez la forêt ? Vous avez envie de la visiter ? Dites-moi tout !

 

 

5 indiscrétions à propos d’Oraison pour une île…

Tiens, on parle encore de mon 2ème roman cette semaine ? Ce n’est pourtant pas mon actualité la plus brûlante (j’en ai écris 2 autres depuis et je suis en train d’écrire le cinquième…). En fait, il y a une raison (qui vous fera sourire, sans doute !) et cette raison m’a fait penser que vous aviez peut-être envie d’en savoir plus sur les coulisses de ce roman. On y va ?

Le roman a-t-il eu toujours ce titre ?

Non, c’est un de mes romans qui a changé le plus de titre au cours de sa vie 🙂 . Vu que je l’ai commencé lorsque j’étais ado, il a évolué en même temps que moi (et que son contenu – voir l’indiscrétion 3). Pêle-mêle il s’est appelé :

  • Pages blanches
  • Il est temps de vivre
  • Granites (avec le « e » !)
  • Sans ailes
  • Oraison pour un ange

Pour finalement prendre son titre actuel : Oraison pour une île. D’ailleurs, je n’exclue pas de rechanger encore le titre, car je finis par penser que le mot « oraison » fait fuir des lecteurs : trop compliqué, trop religieux, trop funèbre… Pourtant, le terme d’oraison ne s’applique pas qu’à une prière funéraire, j’avais choisi ce mot car il reflétait bien l’hommage que le texte rend à l’île de Bréhat, mais aussi à cause de l’histoire de Joshua.

L’autre titre auquel je pense est « De l’autre côté » : il se justifierait à plus d’un titre, par rapport à la fin du roman, par rapport au statut de Joshua mais aussi en référence à l’expression qu’utilisent les Bréhatins  (ils disent ne disent jamais qu’ils vont sur le continent, ils disent qu’ils vont « de l’autre côté »). Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites-le moi en commentaire !

Le prix Draftquest/Librinova obtenu en 2015 était-il le premier pour ce roman ?

Eh bien non ! Une des versions du roman, à l’époque où il s’appelait « Granites » a obtenu le premier accessit dans la catégorie Romans du Concours international littéraire d’Arts et Lettres de France. C’était en 2004, la remise des prix m’avait permis de découvrir Bordeaux. C’était aussi mon premier prix littéraire, j’étais fière comme une jeune première !

Diplome OPUI

Pourquoi le roman est-il si court ?

Parce qu’il a été trèèèèèès long. Trop long, même. Les versions précédentes faisaient le triple de celle qui est en vente aujourd’hui, mais ça partait trop dans tous les sens. Erreur de débutant : on veut dire plein de choses, trop de choses. Finalement on s’y perdait.

Versions OPUI
Quatre boîtes d’archives rien que pour les différentes versions d’Oraison pour une île

Cela dit, je n’exclue pas de proposer une réécriture du roman avec des chapitres supplémentaires, qui permettent notamment de mieux connaître le passé de Caroline (c’est une « critique » qui revient souvent chez mes lecteurs : pourquoi en est-elle arrivée là ?). Moi je le sais (normal, je suis l’auteur !) mais je n’avais pas envie de raconter sa vie d’avant. Sauf que manifestement, ça manque. Idem pour Joshua : il manque des éléments de sa vie antérieure pour le cerner complètement… et le rendre peut-être moins « évanescent » 🙂 . Qu’en pensez-vous ?

Pourquoi cites-tu Bono, le chanteur de U2, dans tes remerciements ?

Remerciements OPUIPour ceux qui ne le savent pas encore, je suis une grande fan de U2 et je me suis rendu compte que certaines paroles de chansons entraient curieusement en résonance avec le texte de ce roman.

Je dois avouer aussi que la dégaine de Bono dans les années 87-89 a fortement inspiré l’image que je me fais de Joshua (mais c’est mon image personnelle, vous avez tout à fait le droit de ne pas la partager !) : physiquement, mais aussi sa manière de bouger, ses allusions à la foi, la philosophie, son côté faussement mégalo… etc. Personnage très ambivalent qui m’a amusée (séduite aussi, un peu :p ). Si je publie ce billet aujourd’hui, c’est parce que c’est l’anniversaire de Bono (ça m’amuse 🙂 ).

Bref, en relisant mon manuscrit, j’ai découvert que certaines de mes phrases étaient d’exactes traductions d’extraits de chansons… Je ne sais pas si c’est le subconscient qui agissait mais je me suis amusée à les conserver dans la version finale, d’abord comme un clin d’oeil au groupe, mais aussi parce que ces mots, finalement, s’appliquaient parfaitement à ce que je voulais faire passer.

Allez, on joue ? 😉

Les sentiers se croisaient et s’entrecroisaient continuellement en formant des boucles et des détours. À chaque fois, Caroline prenait une direction pour atteindre un endroit précis… et débouchait ailleurs. Sa promenade se construisait ainsi, au fil des imprévus, au hasard des découvertes. Elle avait bien pris une carte, mais les lieux-dits n’étaient pas signalés sur les chemins, à part les sites remarquables. Partout ailleurs, les villages, les hameaux, les rues n’avaient pas de nom*. Se repérer relevait de la navigation savante à la boussole et Caroline, enchantée, jouait à se perdre sans risques.

*Where the streets have no name, 1987.

— Je suis là !
Une ombre passa sur le plafond, au-dessus de Caroline endormie sur ses feuilles noircies d’encre. Ému, Joshua la regardait, sans oser se manifester.
Pourtant, ce qu’il lisait par-dessus son épaule remuait tout ce qu’il y avait de plus humain en lui, ce qu’il essayait désespérément d’étouffer depuis toutes ces semaines, pour ne pas faillir à sa mission. Mais il n’avait plus goût à rien, lui non plus. Il passait souvent de longues heures à la regarder. Simplement la regarder.
Rien n’avait changé. Sa fuite n’avait fait qu’empirer les manques. Elle sentait son ombre… et lui n’arrivait plus à la quitter.
Mais cette proximité intangible ne lui suffisait plus*.

Ce n’est pas proprement un extrait, mais la scène me fait penser au clip de Stay (Faraway, so close !) sorti en 1993, lui même inspiré de l’univers du film éponyme de Wim Wenders, qui est la suite des Ailes du désir (je vous conseille les deux, ces deux longs-métrages sont d’une poésie absolue).

Sur un rocher surplombant la mer, Caroline défiait les nuages gris, tournée vers le large. Les vagues commençaient à asperger ses pieds nus. Elle ne bougeait pas, les yeux clos, comme en attente.
Tu n’as rien à m’offrir… mais moi je n’ai plus rien à perdre*, cria-t-elle en direction du ciel avec un sourire baigné de pluie.

« Nothing to win, and nothing left to lose » (in With or without you, 1987… bon, vous la connaissez, celle-là ! 🙂 )

 

Le trémolo de cette voix ténue blessa le cœur de Cordélia. Un goéland passa en vol plané devant elles. Caroline soupira longuement et ferma les yeux.
— On ne recommence jamais une vie, vous savez, lâcha brusquement la jeune femme au bout d’un moment. On continue seulement. Il y a toujours du passé, des traces, du vécu… toutes ces choses qu’on ne peut laisser derrière soi*.

« All that you can’t leave behind » (in Walk on, 2000), c’est aussi le titre de l’album sorti en 2000.

A qui s’adresse la dédicace ?

À mes ombres,
celles qui se reconnaîtront,
et celles qui s’ignorent.

Mes ombres, ce sont tous ceux qui ont eu (ou ont encore) de l’importance dans ma vie. Il y a ceux qui ont été/sont importants tout en le sachant parce que je le leur ai dit… et puis ceux qui sont importants pour moi sans qu’ils l’aient jamais su.

Vous n’en saurez pas plus 😉

J’espère que ce billet en forme de clin d’oeil vous aura plu, en tout cas je me suis bien amusée… Maintenant je retourne à la relecture du Vent des Lumières !

 

 

L’île de Bréhat… à travers Oraison pour une île

A l’instar de ma visite de Paris au temps de mon roman Le vent des Lumières, je vous propose une petite découverte en images et en mots de l’île de Bréhat, théâtre de mon second roman Oraison pour une île.

Situation

carte-bretagne

L’île de Bréhat est située dans les Côtes d’Armor, en Bretagne, au large de Paimpol. On y accède par bateau uniquement (il y a de nombreuses navettes toute la journée), vous trouverez toutes les informations nécessaires sur le site de l’office de tourisme.

La journée suffit pour faire le tour de l’île et découvrir les sites importants, mais je vous conseille d’y rester au moins une nuit. En effet, après le départ de la dernière navette (et donc des nombreux touristes !), l’ambiance est très différente, plus apaisée. Sur l’île, il y a un camping, des chambres d’hôtes, des gîtes… donc n’hésitez pas. La meilleure période pour visiter est avril-mai, lorsque tout est en fleur (on surnomme Bréhat l’île aux fleurs !) et, si vous pouvez, éviter les week-end pour préférer la semaine.

Je vous fait rêver un peu avant de commencer ? 😉

L’arrivée sur l’île

On embarque à la pointe de l’Arcouest, à Ploubaznalec et on débarque à Port-Clos, après dix minutes environ de traversée (il est possible aussi de faire le tour de l’île avec une navette spécifique, qui dure 45 mn et débarque à Port-Clos à la fin).

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Cale de l’Arcouest à marée montante, côté continent. Photo Fred Henze.

La particularité, c’est qu’on embarque à des endroits différents en fonction de la marée : à marée haute, à mi-marée ou à marée basse. En fonction de l’horaire de la navette et de celle des marées, vous aurez donc plus ou moins de chemin à faire pour prendre le bateau ou en descendre…

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La cale de marée basse, côté Bréhat (photo François Madic).

Caroline reçut les prémices de l’île avec un coup au cœur lorsque le taxi aborda le dernier virage avant le parking de l’embarcadère de la pointe de l’Arcouest. La revoir lui donnait le vertige, des frissons dans le dos et elle étouffa une exclamation dans le creux de sa main, émue aux larmes.
Elle resta un moment sur le parking, puis se dirigea vers l’embarcadère, au bout duquel une vedette attendait. Elle trouva un banc et s’assit. Au loin, là-bas devant elle, Port-Clos semblait l’attendre. Elle avait encore la possibilité de changer d’avis. De faire demi-tour.
Avait-elle fait le bon choix ?
(Chapitre 14)

Chez Cordelia

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Le portail rouge (photo perso).

Je ne mets pas la photo de la maison car il s’agit d’une propriété privée. Elle est assez bien cachée mais on peut en voir des morceaux depuis le chemin. Si vous lisez bien ma description dans le livre, vous devriez pouvoir la retrouver 😉

La première fois, je suis tombée par hasard devant ce portail rouge un peu décrépi (il a été repeint depuis) et le côté mystérieux de ce dernier m’a tout de suite séduite. J’ai eu envie d’y faire vivre la vieille dame de mon roman. Dans le jardin, se trouvaient des statues, perdues au milieu de la pelouse, regardant vers la mer… ça m’a inspirée.

Elle grimpa lentement le sentier étroit de chaque côté duquel on devinait de grandes propriétés refermées sur elles-mêmes derrière les murs et les haies touffues.
Un portail de bois grenat, encadré par deux immenses pins, surgit au détour du chemin.
— C’est là…
Le son ténu de sa propre voix arrêta la jeune femme plusieurs dizaines de mètres avant le portail. Elle mettait les pieds ici pour la première fois de sa vie, mais elle devinait qu’elle était au bon endroit. Elle sonna, sans oser pousser le portail de bois disjoint.
(Chapitre 1)

La chapelle Keranroux

C’est le repaire de Joshua, situé au milieu de l’île, sur la partie nord, juste après le pont Vauban qui relie les deux parties. C’est une petite chapelle qui comporte un chevet à pans coupés du XIXème siècle. La petite maison attenante appartenait au poète Edmond Haraucourt qui la légua, à sa mort, à l’Université de Paris. C’est un de ses vers qui ouvre le roman.

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Le soleil joue dans les vitraux de Keranroux (photo perso).

 

Par la fenêtre de la cuisine, grande ouverte, les accords tumultueux de La Mer de Debussy répandaient la violence des vagues sur les pavés de la chapelle de Keranroux derrière lui. Joshua appréciait d’ouvrir la porte de bois un peu décrépie, le matin, pour libérer les odeurs d’encens, de cierge brûlé et les murmures oubliés des prières laissées là en suspens. Il prenait ainsi son café sur le seuil de schiste poli par l’usure du passage en écoutant de la musique.
(Chapitre 7)

La chapelle Saint-Michel

Ile-de-Bréhat-Chapelle-Saint-MichelC’est l’autre chapelle célèbre de Bréhat : curieusement perchée en haut d’un monticule, elle domine la partie sud de l’île et l’étang du Birlot, le moulin à marée. C’est une chapelle minuscule, d’un blanc immaculé et un toit orange, avec une croix de granit qui ponctue le ciel d’un bleu pur. C’est l’un de mes endroits préférés de l’île.

La chapelle Saint-Michel, minuscule, se dressait sur un monticule étroit à trente-trois mètres au-dessus du niveau de la mer, comme un défi à Dieu et aux éléments. Le soleil commençait à se griffer de noir derrière les arbres en dessinant de grandes ombres sur le chemin qui s’accidentait, parsemé de gros blocs rocheux parmi lesquels grimpait un escalier.
Caroline entra dans la chapelle par l’unique porte et se retrouva au milieu de la toute petite nef. La lumière silencieuse sentait la cire fondue et l’humidité et rehaussait le bois poussiéreux du retable ceint d’une barrière, à sa droite. Sur sa gauche, assis sur l’un des deux bancs patinés, les regards perdus dans la voûte basse qui ressemblait à une coque de bateau renversée, quelqu’un priait, coupé du monde.
C’était Joshua.
(Chapitre 11)

La croix Maudez

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La croix Maudez (photo perso).

On considère que c’est le calvaire le plus ancien de l’île, la légende dit qu’il fut fondé par Saint-Maudez lui-même, un moine du Vème siècle. Lorsqu’il débarqua sur Bréhat, il fut rejeté par toute la population et dut coucher dehors. Peu de temps après, l’île fut accablée par de nombreux malheurs : les insulaires pensèrent qu’ils étaient punis par Dieu pour avoir mal accueilli le moine. Ils allèrent alors le trouver pour demander pardon et bâtirent un calvaire en face de son ermitage.

— La croix de Maudez, déclara Joshua en posant sa main sur le granit. Le plus ancien calvaire de Bréhat, il date du cinquième siècle.
Caroline laissa traîner ses doigts sur la pierre grumeleuse et froide, sans pouvoir détacher ses yeux de la main de Joshua. Elle songea qu’elle aimait aussi les mains du jeune homme, courtes, carrées, charnues. Des mains de marin, avec quelque chose de fruste, de rude, de solide qui tranchait avec la délicatesse et la sensualité avec laquelle il caressait la pierre. Leur lenteur calculée, presque idolâtre émouvait Caroline.
(Chapitre 11)

Le phare du Paon

A tout seigneur, tout honneur : celui de boucler cette visite virtuelle. Le phare du Paon est situé tout au nord de Bréhat et regarde vers le large. C’est un édifice plutôt trapu, qui n’a rien d’exceptionnel, en fait. Son environnement, perdu au milieu de nulle part, en fait cependant un endroit hors du commun. On se sent vraiment seul au monde (bon, quand il n’y a pas de touristes, disons !).

Le phare est construit sur une sorte de plateforme en granit rose posée sur les rochers battus par la mer. Devant, on trouve le Gouffre, une anfractuosité de la roche dont les formes étranges rappellent la légende du Paon : contrairement à ce qu’on pense, le mot Paon n’évoque pas l’oiseau mais vient du mot penn qui veut dire tête en breton. On raconte que Gwill et Isselgert, les deux fils de Mériadec, comte de Goëlo, voulaient jeter à la mer le corps de leur père qu’ils avaient assassiné pour se venger de lui (leur père les avait enfermé après qu’ils eurent pillé l’abbaye de Beauport). La colère de Dieu les changea en rocher et un gouffre sans fond se forma autour d’eux.

Le phare du Paon
Le phare du Paon sur sa plateforme de granit rose (photo Philippe Dufour).
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Le Gouffre… et ses drôles de personnages pétrifiés dans la pierre. (photo perso)

Quelle que fut la direction que l’on prît, à Bréhat on finissait toujours tôt ou tard au phare du Paon qui, d’endroit le plus solitaire, en devenait le plus fréquenté. Joshua évita le promontoire et s’aventura sur les rochers qui s’élançaient vers ce qu’on appelait « le Gouffre ».
À marée haute, les vagues, somptueuses, se soulevaient vers le large, grossissant, grossissant au fur et à mesure qu’elles approchaient. Qu’un rocher trois fois plus haut qu’elles se trouvât sur leur chemin, peu importe : elles se désintégraient contre la paroi en une formidable explosion de gouttes mais, loin de perdre de leur vigueur, les vagues, sournoises, contournaient l’obstacle en une fraction de seconde et engloutissaient la base du rocher en bouillonnant dans un murmure d’avalanche. L’eau de mer se vautrait alors dans chaque anfractuosité de la roche avec des bruits de déglutition gargantuesque.
(Chapitre 8)

J’espère que ce petit tour à Bréhat vous aura donné envie d’y poser votre sac pour une heure, une journée… ou une vie, pourquoi pas ? Sinon, vous pouvez toujours ouvrir mon roman, il paraît qu’on y voyage sans bouger de son fauteuil… 😉 (c’est ici si vous voulez l’acheter : 2,99€ le billet aller/retour, pas cher, non ?). Et puis, dites-moi ce que vous en avez pensé !

 

Ecrire, c’est facile… Raconter des histoires, c’est plus dur !

En pleine écriture de la suite des aventures d’Eléonore, Le sang des Lumières, je suis confrontée ces derniers temps à une panne d’écriture. Pas une panne d’inspiration, non. Pas non plus un problème de motivation. J’ai mis quelques jours à cerner mon problème, afin d’y trouver une solution.

En fait, j’avais un problème d’histoire. Pas l’Histoire de France, hein, celle-là, ça va, je sais où trouver ce qu’il me faut pour mon roman. J’avais un problème avec l’histoire d’Eléonore, ce qui lui arrive, pourquoi, comment, etc. J’étais arrivée à un moment où mon héroïne ne faisait que passer à travers les événements de la Révolution. Pas terrible pour maintenir le lecteur en haleine (en plus, il connait la fin ! 😉 ). Il lui arrive bien des choses, plus ou moins terribles, mais il n’y avait pas pour elle de réel enjeu, celui qui fait dire au lecteur « oh mon Dieu, va-t-elle s’en sortir ? » Bref, je n’étais pas satisfaite de mon scénario à cette étape-ci de l’écriture.

Le plus frustrant, c’est que j’ai vraiment envie d’écrire, j’ai plein d’idées dans la tête, des images, des lieux, des personnages, des dialogues… mais tant que je n’ai pas résolu ce problème de scénario, ça ne veut pas sortir.

Alors je me suis posée, j’ai pris une semaine de vacances (en emportant mon manuscrit au cas où quand même 😀 ) et puis, j’ai pris le taureau par les cornes.

20170417_165345.jpgD’abord, j’ai repris du papier brouillon, un crayon et des ciseaux. Puis j’ai écrit tout ce que je voulais qu’il arrive à Eléonore et aux héros secondaires d’ici la fin du roman (là aussi c’était un peu nébuleux). Ensuite j’ai découpé, puis j’ai classé tout ça par ordre logique et chronologique. L’affinage viendra plus tard, je sais que j’ai besoin de temps de maturation une fois les grandes lignes posées.

Ceci étant fait, je voyais plus clair sur où je voulais arriver et j’espérais ainsi débloquer mon problème, qui se situait à peu près au milieu du roman. Cette fois, j’ai choisi d’en discuter avec mon alpha-lectrice, en lui disant ce qui n’allait pas à mes yeux. Au fil des discussions, je lui ai raconté ce qui arrivait ensuite, on a réfléchi à deux voix... Je lui ai dit toutes les idées qui m’étaient passées par la tête mais que je n’avais pas suivies… et finalement, on a fini par faire germer l’idée géniale (enfin j’espère !) pour débloquer mon scénario.

Je me suis rendu compte que cette discussion m’avait permis de formaliser toutes les idées que j’avais dans la tête, de les énoncer : ce faisant, elles prennent du corps, de l’épaisseur, on voit si ça colle ou pas, elles s’articulent entre elles. C’est plus difficile à faire tout seul car on n’a pas forcément la même prise de recul ou bien au contraire on a tendance à s’autocensurer. D’où l’intérêt d’avoir ce que j’appelle un alpha-lecteur qui est présent bien avant l’étape de relecture : pour l’instant, elle n’a rien lu ! Je lui ai juste raconté ce qu’il se passait, mais grâce à ces échanges, j’ai peu à peu construit mon scénario.

Pour revenir à mon titre, volontiers provocateur (mais pas tant que ça), je voulais dire que l’écriture en soi est assez facile, naturelle (si, si !). Par contre, imaginer des histoires, les construire, les façonner, y mettre des personnages, des lieux, des événements… ça, c’est une autre paire de manches, à laquelle on ne pense pas forcément d’emblée lorsqu’on se lance dans l’écriture. Et pourtant c’est une portion importante, voire primordiale, dans le roman. Je comprends ce que voulait dire David Meuleumans dans le Mooc Draftquest, au sujet des manuscrits qu’il reçoit en tant qu’éditeur : beaucoup d’auteurs savent écrire, mais peu savent raconter une histoire. Or, pour avoir un bon roman, il faut les deux. Impérativement. 🙂

 

Un prix pour Les ombres de Brocéliande

Vous m’excuserez, j’espère, pour l’absence de billet depuis quinze jours : j’étais en formation puis en vacances… 🙂 En rentrant d’une petite escapade à la montagne, j’ai trouvé dans mon courrier une lettre très intéressante !

Il s’agissait du palmarès du 6ème concours littéraire international de Servon-sur-Vilaine, une commune bretilienne (située en Ille-et-Vilaine, donc !) : j’y avais envoyé en janvier mon dernier roman Les ombres de Brocéliande.

Le jury des « Ateliers d’art de Servon-sur-Vilaine » a semble-t-il été séduit par Merlin, Gabriel et Marion car le roman a obtenu la médaille de bronze dans la catégorie Roman ! Après Le vent des Lumières et Oraison pour une île, c’est donc mon 3ème prix littéraire. 🙂

C’est l’occasion de faire un petit bilan, après un peu plus de cinq mois de publication de ce roman.

bilan 5 mois

Moi, je vous dis : « Merci » 😉 ! Mon roman est depuis le début de l’année dans le programme « En route vers le papier » de Librinova et je ne doute pas que mon agent littéraire fasse encore une fois mouche… peut-être dans le sillage d’Eléonore ? Affaire à suivre !

Si vous avez lu le roman, il est encore temps d’ajouter votre pierre à mon édifice en allant mettre un commentaire sur votre site d’achat ou bien ici ❤