Printemps

Le printemps sort de terre.

Les jonquilles n’ont pas fleuri,
Mais les agapanthes
Crapahutent
Un espoir d’été dans ma jardinière.

Tout est vert acide, tout frais.
Comme des nouveaux-nés
Graciles,
La rosée les a recouverts,
D’une enveloppe fragile.

Le soir tombe en crépuscule
Dans un silence bruyant
De sons assourdis
Où la quiétude bouscule
Les merles bavardant
Sur le toit verdit.

La terre froide révèle ses secrets
A mes doigts engourdis.
Trois bourgeons enroulés
Emergent fièrement.
Le lilium repousse dans la jardinière
Comme un espoir d’été :
Le printemps, enfin, sort de terre.

Apaisement

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Le soir tombe dans le vent batailleur
mais la nuit complice prolonge encore la chaleur.
Dehors, les arbres jouent les ombres chinoises dans
la lumière crépusculaire du couchant.
L’air sent le foin sec et les soirées estivales…
Lentement, elle l’étendrait dans un morceau d’herbe.
Il fermerait les yeux, pour se laisser aller à elle.

Lentement, elle le dépouillerait de tout ce qu’il y a de négatif en lui,
ses doutes, ses appréhensions, ses craintes, ses questionnements…
Un par un, comme autant de masques ou de vêtements malhabiles
qui le rendent – croit-il – incompétent au bonheur…
Elle poserait sur lui son regard neuf et lui interdirait d’ouvrir les yeux.

Sa main prendrait alors la sienne comme on accoste sur une île inconnue,
l’œil grand ouvert et les sens aux aguets, puis ses doigts chemineraient,
doucement mais précisément, le long de sa peau inexplorée,
en s’attardant longuement à chaque endroit, à chaque refuge, à chaque découverte.
Aucun frisson ne lui échapperait, elle n’oublierait aucune parcelle
de ce corps qui lui était offert – comme une offrande.

Elle y traquerait les goûts inédits, les odeurs exclusives, avant
d’y apposer ses lèvres, précautionneusement.
Il se soumettrait à l’impérieuse nécessité de ses envies,
simplement avide de la laisser l’habiller de ses caresses.
Etre ouvert à toutes ses emprises, se confier à toutes ses folies.

Elle l’envelopperait enfin de sa peau à elle, lui marquer son empreinte,
imprimer sur elle ses reliefs, le recouvrir d’elle après l’avoir découvert de lui :
ils se retrouveraient en eux après s’être abandonnés en l’autre.
Ni terrains conquis ni territoires vierges, ils ne seraient pas différents mais pourtant renouvelés.

Elle serait lente, patiente, urgente avec ses évidences
et éternelle avec son essentiel,
attentive à le révéler à lui-même
et soucieuse de sublimer ce sourire comblé qui le rend si beau.

Elle le garderait ainsi longtemps au creux de sa peau,
à l’abri des blessures du temps, protégé des solitudes
et des vents contraires.
Elle le garderait ainsi – et il resterait là,
dans la béatitude d’un bonheur trop fugace
pour ne pas s’y attarder encore une éternité.

Aubes bréhatines

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Froid des mains serrées
Devant le feu trop faible
D’une cheminée trop grande
Dans une maison trop vide.

Doigts engourdis
Serrés sur les poitrines engoncées
Dans les lainages noirs
Truffés de poches à secrets.

Lèvres marmonnant
Des prières païennes
De Bibles inventées
Pour les naufragés absents.

Cœur en attente
D’une femme de marin
Éternellement présente
A celui qui reviendra demain.

Simplement tromper l’absence
Et transformer les matinées anodines
En aubes bréhatines
Aux demains immenses.

De(ux) main(s)

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 Sur nos chemins vers l’intime
Nous allons de l’avant
Pour atteindre nos cimes
Sans abandonner nos avants.

Des tâches de soleil
Comme autant de bagages
D’une route toute droite
Sous tes ombrages.

Avoir des rêves assez grands
Pour ne pas les perdre de vue
En les poursuivant
Et sans oublier nos vécus.

Aller jusqu’au bout du chemin
Pour découvrir nos mêmes
Pour écrire demain
Pour écrire à deux mains je t’aime.

A l’ombre de l’archange

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A l’ombre de l’archange l’attend
L’écheveau de dix doigts
Que démêleront bien des fois
Ses longues effiloches de soie.

A l’ombre de l’archange l’attend
Une vague de murmures
Enroulée dans cette voix pure
Et posée là en guise de couverture.

A l’ombre de l’archange l’attend
Un regard complice de cette tendresse
Et de cette larme de délicatesse
Qui la déshabillent d’une seule caresse.

A l’ombre de l’archange, il l’attend
Sur un lit de varech et de goémon
Aménagé avec son cœur patient
Où il chassera tous ses démons.