Retour sur mon (Livre)Paris 2016

Librinova 1

Ce weekend, j’étais donc à Paris pour le salon du livre 2016 (rebaptisé Livre Paris) pour la première fois de ma vie (et pas la dernière, c’est tout ce que je souhaite !). J’en ai aussi profité pour (re)visiter des lieux emblématiques avec ma copine graphiste « désigneuse de couvertures en folie » (elle comprendra !)… Retour sur trois jours intenses.

Vendredi 18 mars : balade au vent des Lumières (mais pas seulement !)

8h05. Le TGV quitte ma Bretagne natale, direction la capitale, sous un soleil de mars lumineux à défaut d’être chaud… Deux heures et quelques minutes plus tard, le soleil est toujours là et nous débarquons dans l’effervescence de la gare Montparnasse, que je commence à connaître, même si je viens pas si souvent que ça à Paris.

Premier acte du provincial qui arrive à Paris : se ravitailler en tickets de métro. Mais c’est juste pour ne pas oublier par la suite, car nous avons décidé de profiter du beau temps pour déambuler à pieds vers les Catacombes. Nous sortons donc sur l’esplanade de la gare, là où trône l’immense tour Montparnasse et traversons le cimetière éponyme. Plus loin, la loooongue file d’attente pour visiter les entrailles de Paris nous dissuade : nous devons être à Issy-les-Moulineaux récupérer l’appartement à 13h et il est déjà 11h30. Tant pis pour les Catacombes, ce sera pour une autre fois !

Jardins observatoire Paris
Le jardin de l’Observatoire, avec le palais du Luxembourg, au fond.

Nous remontons donc vers les jardins de l’Observatoire puis du Luxembourg, au fond desquels on devine le palais qui abrite le Sénat. Il y a du monde mais c’est relativement calme : des touristes, des joggers, des promeneurs, des mamans avec leurs bambins trop petits pour aller à l’école, des étudiants… Je retrouve la fontaine de Médicis qui m’avait tant émue lors de ma première visite ici, il y a… 13 ans ! C’était en février et j’avais affronté, en haut des marches du parc du Luxembourg, ma première neige depuis des années

Fontaine médicis Paris
La fontaine Médicis, dans les jardins du Luxembourg.

En sortant des jardins, voilà le théâtre de l’Odéon : j’explique à mon amie, lectrice de la première heure du Vent des Lumières, que c’est là qu’est donnée la première représentation publique du Mariage de Figaro, le 27 avril 1784. Je photographie mentalement la configuration de la place : je pensais, compte tenu de la description trouvée dans les archives, que le théâtre était plus loin du palais du Luxembourg, alors qu’en réalité il est juste de l’autre côté de la rue.

Chapelle Vierge St Sulpice Paris

Plus loin, c’est Saint-Sulpice et la magnifique église que j’aime tant (encore un souvenir prégnant de 2003…). La chapelle de la Vierge, au fond de la nef, est toujours aussi émouvante et toujours aussi remplie de ferveur. En sortant, l’immense fontaine est toujours là, mais je ne retrouve pas la librairie qui m’a inspiré celle de M. Duclos, dans Le vent des Lumières (chapitre 1)…

Après nous être délestées de nos sacs à dos dans notre appartement, nous voilà reparties pour le centre de Paris. Nous laissons le majestueux Panthéon pour lui préférer l’île de la Cité : direction la crypte archéologique de Notre-Dame qui nous raconte l’histoire de Paris depuis Lutèce jusqu’à l’époque moderne, avec l’impressionnante reconstitution acoustique des bruits de Paris pendant l’Antiquité. On se croirait vraiment sur le bord de la Seine au temps des romains !

Presqu’en face de la cathédrale, voilà la Sainte-Chapelle, que j’ai déjà visitée mais dont je ne me lasse pas. En entrant dans la chapelle basse… et je vois bien à la tête de mon amie qu’elle est déçue. Même si le décor est très coloré, avec des couleurs très vives, l’ensemble reste bas de plafond et plutôt sombre. Mais je la rassure bien vite : nous sommes au niveau inférieur, celui qui, au temps jadis, était ouvert au commun des mortels. Le niveau supérieur était réservé au roi, ses proches et aux chanoines.

Ste Chapelle Paris

Je ménage mon effet en montant l’escalier en vis qui mène à la chapelle haute… Attention, on ferme les yeux avant d’entrer, puis on pousse la dernière porte et là… ouah. Même si je n’ai pas l’effet de surprise, j’en reste bouche bée quand même. Les vitraux des quinze verrières nous toisent du haut de leurs vingt mètres, semblant flotter dans l’air… C’est toujours aussi magique. La symbolique architecturale de cet édifice me transporte toujours autant.

Hotel amelot de bisseuil Paris
La porte cochère de l’hôtel Amelot de Bisseuil (le repaire de Beaumarchais), enfin rénovée !

C’est l’heure de redescendre un peu sur terre… mais on reste dans l’Histoire. Direction le Marais. Au 47 rue Vieille-du-Tempe, une belle surprise : « on » a enfin rénové la porte cochère de l’hôtel Amelot de Bisseuil, dit des Ambassadeurs de Hollande, l’antre de mon Beaumarchais !

Nous traversons le quartier juif (en croisant notamment un groupe de jeunes en costume traditionnel qui écoute de la musique en pleine rue – on s’attend presque à les voir danser comme dans Rabbi Jacob !) en prenant les petites rues pittoresques et rejoignons l’avenue Saint-Paul.

Nous voilà devant chez Eléonore : l’hôtel de Béthune-Sully. Je suis émue car je ne l’ai pas encore vu « en vrai » (j’ai décidé d’y faire vivre Eléonore seulement l’année dernière !). Je fais donc des repérages après coup, en essayant de comprendre l’agencement du bâtiment. Chose étrange, en ayant choisi « sur plan » cet hôtel, je me rends compte qu’il correspond bien à mon héroïne, avec ses deux cours séparées (une pavée et l’autre en jardins, avec des buissons pleins d’oiseaux) et son Orangerie où je la vois bien installer son pseudo-frère (d’autant plus que ce dernier bâtiment ouvre directement sur la place Royale – pardon, la place des Vosges – ce qui pourrait être bien pratique quand on veut entrer ou sortir discrètement !).

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Nous traversons lesdites cours et sortons (justement) via la place des Vosges (et je fais même demi-tour juste pour le plaisir de refaire le trajet encore une fois !). Nous rejoignons la Bastille en passant par la rue Sainte-Antoine. Au détour d’un carrefour, il est là : plaisir de poser au pied de la statue de Beaumarchais (dommage qu’il soit si haut, je lui aurais volontiers fait une bise !).

Statue de Beaumarchais Paris

Place de la Bastille, entre l’immense colonne de Juillet et l’opéra, je montre fièrement à mon amie l’hôtel de Beaumarchais… ou plutôt son emplacement, puisqu’il n’existe plus aujourd’hui. Pour finir la journée, nous grignotons en compagnie d’un groupe d’auteurs qui participent à la nuit créative organisée dans le cadre d’Id2mars.

Samedi 19 mars : mon premier salon du livre

Nous rejoignons le parc expo de la porte de Versailles à pieds (il y a 30 mn de marche depuis l’appartement) : dès l’ouverture, il y a déjà beaucoup de monde. A l’entrée, j’exhibe fièrement mon badge « auteur invité » (mais le vigile n’en a cure, évidemment !) puis direction l’accueil où je récupère le plan (indispensable) et le sac estampillé LivreParis… C’est parti ! Je me dirige directement vers le stand de Librinova, qui se trouve juste en face de celui de Monbestseller.com et d’autres acteurs de l’auto-édition.

Premier coup au coeur en voyant la grande affiche du stand où mon nom est dans une étoile, avec la couverture du Vent des Lumières : quelle émotion !

Ophélie nous accueille avec un grand sourire et nous présente toute l’équipe : Laure, Charlotte, Rebecca, Kévin (j’en oublie, désolée !). Quel plaisir de pouvoir enfin mettre un visage sur un nom ! Nous avons tous beaucoup échangé par mail ou via Facebook sans jamais nous rencontrer. Les auteurs de Librinova arrivent aussi : Azel Bury, Marylise Trécourt, Virginie Coëdelo, Violaine Biaux, Carène Ponte… impossible de citer tout le monde, mais nous sommes tous heureux de nous rencontrer enfin.

C’est l’heure de la cérémonie des Etoiles, pendant laquelle Librinova va mettre à l’honneur ses auteurs : « livre d’argent » pour ceux qui ont vendu plus de 500 exemplaires, « livre d’or » pour ceux que Librinova représente auprès d’éditeurs et « livre de diamant » pour ceux qui ont déjà signé un contrat d’éditeur. J’ai la joie de recevoir un prix « Livre d’Or »… la classe !

Après le déjeuner, visite du salon… Je tourne dans les différents stands, aperçois Amélie Nothomb et Fabrice Luchini en signature, Jack Lang qui fait sa tournée presque incognito, au contraire d’Alain Juppé et de Manuel Valls qui sont accompagnés d’une armée de journalistes et de gardes du corps…

Au stand de la Corée du Sud, j’achète une BD sur la K-pop pour ma grande (15 ans), que je fais dédicacer par la dessinatrice Christelle Pécout.

dessin pécout

Puis je me mets à la recherche d’un livre pour ma petite (11 ans). Consultation d’icelle par téléphone pour savoir ce qu’elle aimerait. Réponse : « le livre dédicacé d’Andy, Princesse 2.0« . Je trouve le bouquin en question, j’apprends qu’Andy est une youtubeuse qui vient de publier (donc) son livre qui raconte, en gros, comment épouser un prince charmant au 21ème siècle.  Elle dédicace sur le stand de l’éditeur. Sauf que… la file est looooongue à tel point qu’elle fait le tour de plusieurs stands limitrophes ! Je m’arme de patience et m’inscrit dans la file, je papote avec mes voisines, des mamans comme moi dont les filles ont acheté le livre… C’est assez rigolo, d’ailleurs, de toutes les voir plongées religieusement dans la lecture de l’opus (bien rose comme il se doit !).

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Je lis quelques pages, ce n’est certes pas de la grande littérature mais c’est assez drôle,bien illustré et mis en page, je devine pourquoi ce livre « parle » autant à ces centaines d’ados… Et puis, comme je le dis à l’une des mamans, l’essentiel c’est qu’elles lisent ! J’aperçois la demoiselle en train de dédicacer (chapeautée par deux gardes du corps pour elle toute seule !), elle joue le jeu et prend la pose avec ses fans, elle est plutôt jolie. En même temps, j’écoute d’une oreille distraite la conférence qui se tient sur le stand de l’Institut Français, juste à côté. Quelques minutes avant 17h (ça fait 2h que je fais la queue…), consternation parmi les groupies : Andy s’en va dans un quart d’heure, elle ne pourra pas dédicacer tout le monde. Larmes, cris, pleurs, on se croirait à un concert des Beatles ou des One Direction ! Heureusement pour moi, je fais partie des derniers avant le départ de la star, l’équipe prend mon livre et me le renverra dédicacé sous une quinzaine de jours. Tout ça pour ça ! Mais bon, j’ai droit à la reconnaissance éternelle de ma cadette, ça n’a pas de prix.

2016-03-19 20.33.44Encore un petit tour dans le salon pour saluer David Meulemans au stand des Editions Aux Forges de Vulcain et Stéphane Arnier, mon co-lauréat du concours Librinova 2015. Nous discutons du Mooc Draftquest, de l’édition, de choses et d’autres.

La soirée est entamée, nous sommes exténuées et nos pieds demandent grâce : nous rentrons à l’appartement après une pizza et inutile de préciser que le marchand de sable n’a pas eu besoin de passer !

Dimanche 20 mars : encore un peu de culture ?

Dimanche matin, nous sommes raisonnables : on se contentera d’aller au musée d’Orsay, en passant par l’Opéra Garnier et la place Vendôme (déserte puisqu’on est dimanche).

Un grignotage plus tard à la gare Montparnasse, c’est l’heure de regagner la Bretagne, la tête pleine de belles images, de rires et de beaux souvenirs. Vivement la prochaine fois !

 

 

 

 

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Visitez Paris au temps du « vent des Lumières »

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Une nouvelle couverture pour Le vent des Lumières !

En fin de semaine, je serai au salon Livre Paris (pour la première fois !), le 19 mars exactement. Je vais profiter de cette escapade pour retourner voir quelques lieux emblématiques de mon roman historique : Le vent des Lumières. Je vous propose aujourd’hui un petit tour dans le Paris d’Eléonore de Chaulanges, dans les années 1780-1789, avec en prime des extraits du roman.

L’hôtel de Béthune-Sully

Hotel de Béthune Sully Paris Centre des monuments nationaux

Aujourd’hui…

C’est aujourd’hui le Centre des monuments nationaux (l’établissement public qui gère tous les monuments nationaux : la Sainte-Chapelle, le Mont Saint-Michel, Notre-Dame de Paris…). C’est un hôtel particulier acquis par Maximilien de Béthune, duc de Sully, en 1634, après avoir supervisé les travaux d’aménagement de la place Royale, juste derrière (actuelle place des Vosges). Il ne se visite pas mais on peut traverser les jardins pendant les horaires d’ouverture du centre (9h-19h).

Dans Le vent des Lumières

La nuit fraîche d’août tombait sur Paris en l’enveloppant d’une brume surprenante. L’hôtel de Sully, assez vaste pour loger tout un régiment, n’était pas froid comme beaucoup de ses congénères. Ses murs épais, ses cheminées immenses, ses tentures colorées et ses tapis précieux calfeutraient les pièces en réchauffant l’atmosphère. Éléonore aimait cette maison. À Bordeaux, le souvenir de Flogeac hantait trop les murs et sa mémoire. Ici, elle était chez elle.

Elle traversait lentement les nombreuses pièces en raccompagnant Beaumarchais qui devait prendre congé. Il se faisait tard et on l’attendait pour souper. Sur le perron aux balustres ouvragés, l’écrivain se tourna vers la duchesse.

— Éléonore, promettez-moi une chose, dit-il gravement. N’appareillez pas pour les Antilles cette nuit.

— Enfin, Pierre-Augustin ! s’exclama la jeune femme en riant de bon cœur.

— Je ne plaisante pas, Éléonore. Allons, promettez !

— Mais pour qui me prenez-vous ? renchérit la jeune femme en fronçant les sourcils, voyant qu’il était sérieux.

— Pour Éléonore de Flogeac, justement ! murmura l’écrivain. Je vous connais assez pour savoir que vous en êtes capable…

La jeune femme garda le silence, à la fois touchée et fâchée de cette habitude qu’il avait de vouloir sans cesse la protéger.

— J’en aviserai au moins le roi avant… Je n’ai pas l’habitude de m’enfuir, moi.

— Ne vous vexez pas, ma mie, s’excusa Beaumarchais en portant sa main à ses lèvres. Je suis trop craintif, en vérité.

Cette fois, Éléonore partit d’un énorme rire qui retentit jusqu’aux écuries.

— Oh, vous, craintif ? Pierre-Augustin de Beaumarchais, craintif ? Mon Dieu, je voudrais que le monde entier nous entende à cet instant !

Et elle riait, elle riait à n’en plus finir, sous l’œil désarmé de l’écrivain, à la fois surpris, charmé et incapable de faire un geste. Cet air attendri alerta Éléonore qui s’arrêta en couvrant sa bouche de ses mains jointes, les yeux toujours rieurs.

— Pardon, Pierre-Augustin, je suis discourtoise…

— Non, non, ne vous excusez surtout pas ! rétorqua Beaumarchais en la serrant brusquement contre lui dans un élan de tendresse. C’est bon de vous voir rire… et tant pis si c’est de moi !

L’hôtel des ambassadeurs de Hollande

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Aujourd’hui…

L’hôtel Amelot de Bisseuil, souvent appelé « hôtel des ambassadeurs de Hollande » pour une raison pas vraiment déterminée, est l’antre de Beaumarchais, à quelques pas du précédent, au 47 rue Vieille-du-Temple.

C’est là que Beaumarchais installe, en 1776, les bureaux de sa société d’armement maritime « Rodrigue, Hortalez et Cie », avec laquelle il va fournir des munitions et des armes pour les Insurgents d’Amérique. C’est là aussi qu’il vivra pendant une dizaine d’année, avec sa compagne Thérèse de Willermawlaz et leur fille Eugénie. Il écrit à cet endroit le Mariage de Figaro et également son opéra Tarare.

Dans Le vent des Lumières

Pendant quelques jours, un curieux manège occupa l’hôtel des ambassadeurs de Hollande, rue Vieille-du-Temple, bureaux de Rodrigue Hortalez et Cie. On y voyait entrer et sortir Pierre-Augustin de Beaumarchais, comme au temps des premiers frets, les bras chargés, pressé, avec l’air affolé de quelqu’un qui n’a pas le temps.

Plus haut, dans les appartements de l’écrivain, une jeune femme se transformait peu à peu. Bientôt, Éléonore admira dans le miroir son double et mit quelques temps à se reconnaître. Ses cheveux mordorés, raccourcis de quelques centimètres, disparaissaient sous une perruque poudrée que surmontait un élégant tricorne. Son teint encore blanchi par du maquillage, les yeux noircis de khôl et les sourcils épaissis changeaient radicalement l’expression du visage en la rendant austère. Sanglée dans un justaucorps de Cour soutaché d’argent, Éléonore portait fièrement l’épée avec une raideur arrogante de gentilhomme. Satisfait, Beaumarchais tournait autour d’elle, en rectifiant un pli, une position. Il jubilait.

— Magnifique ! s’exclama-t-il. Vous faites un parfait homme de Cour…

— Ce n’est guère plus difficile que de carguer les voiles, rétorqua Éléonore en riant. Ce sera sans doute plus reposant, aussi…

Beaumarchais s’arrêta en la regardant droit dans les yeux.

— Votre timbre de voix est trop doux, ma chère, dit-il sévèrement. Ne me faites pas croire que vous causiez ainsi sans l’entrepont avec vos camarades gabiers. J’ai du mal à admettre que tout l’équipage se soit fait leurrer… Pas un, vraiment, n’a eu de soupçon ?

— J’étais un matelot plus vrai que nature, assura Éléonore en retrouvant sa voix de garçon. Vous auriez dû voir ça ! J’étais toujours la première en haut du mât de misaine…

L’hôtel Beaumarchais

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Aujourd’hui…

Ne le cherchez pas, il n’existe plus ! Son emplacement, au pied de la Bastille, a donné son nom au boulevard Beaumarchais qui le longe (le boulevard s’appelait Saint-Antoine jusqu’en 1831). Les bâtiments ont été détruits en 1826 et les terrains vendus par lots vingt ans plus tard.

Petite anecdote : la première fois que je suis allée à Paris, je ne savais pas que l’hôtel n’existait plus et j’ai cherché pendant un bout de temps où se trouvait se satané hôtel Beaumarchais !

Dans Le vent des Lumières

— Mon opéra… et ma future maison, reprit l’écrivain en se levant brusquement pour dérouler sous le regard émerveillé d’Éléonore un grand dessin d’architecte. J’ai acheté à la ville toute une portion de terrain près de la Bastille, d’environ un hectare, pour y faire construire une maison qui ne ressemblera pas plus aux autres maisons que le Mariage de Figaro ne ressemble aux autres comédies !

Éléonore éclata de rire. Le projet dessiné par l’architecte Lemoyne était magnifique… et effectivement hors du commun.

— Combien va vous coûter cette merveille ? s’enquit la jeune femme en détaillant l’esquisse.

— Hum… Le devis est chiffré à trois cent mille francs, répondit Beaumarchais à peine gêné par l’extravagance de la somme. Mais je veux une maison qu’on cite, je ne regarderai pas à la dépense ! Imaginez-vous à la hauteur de la rue du Pas-de-la-Mule, vous verriez un mur surmonté d’une terrasse plantée d’arbres, comme au jardin des Tuileries… À l’extrémité de cette terrasse apparaît au milieu des arbres un temple rond, recouvert d’un dôme, sur le dôme un petit globe terrestre portant cette inscription « orbi » et au-dessus une girouette en forme de grande plume dorée… Sur le fronton il y sera inscrit « à Voltaire » et au-dessous un vers de la Henriade : Il ôte aux nations le bandeau de l’erreur… Fabuleux, n’est-ce pas ?

— Je crois qu’en effet voilà une maison qui va vous ressembler ! Et ici, qu’est-ce que c’est ?

Elle désignait la cour sphérique dessinée à partir de la grille d’entrée et au centre de laquelle on voyait une sorte de rocher.

— La statue du Gladiateur ! répondit l’écrivain avec un grand sourire. D’un côté de la cour vous voyez la façade en hémicycle avec des arcades et des colonnes qui formeront un ensemble imposant et original. De l’autre nous aurons l’entrée du jardin, fermée par une grille élégante. Et ce jardin sera dessiné et aménagé de telle manière qu’il paraîtra beaucoup plus vaste qu’il ne l’est en réalité… Des pelouses, des massifs, des fleurs, les arbres les plus rares, de jolies fabriques disposées avec art, une pièce d’eau entourée d’ombrages sur laquelle vogueront des nacelles, et alimentée par une cascade tombant d’un rocher : partout des inventions plus ou moins singulières !

— Comme cet autre temple, ici, remarqua Éléonore. A qui est-il dédié ?

— A Bacchus… et il sera destiné aux collations. J’espère pouvoir vous y offrir très bientôt de délicieux repas à l’ombre des penseurs grecs et des arbres tutélaires…

Il termina en portant sa main à sa bouche avec une galanterie de théâtre. Éléonore sourit, le regard allant de son visage au plan étalé devant elle. Elle devinait que Beaumarchais préparait là une somptueuse et riante retraite pour ses vieux jours, sans craindre les envieux qui pourtant n’allaient cesser de le dénoncer, ignorant volontairement que cette richesse affichée n’était que le fruit de décennies de travail acharné.

Le théâtre de l’Odéon

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Photo Philippe Fourdan (source site Odéon Théâtre de l’Europe).

Aujourd’hui…

Inauguré en 1782, le théâtre de l’Odéon accueillait la troupe du Théâtre-Français (c’est-à-dire la Comédie Française). Il est situé tout près du palais du Luxembourg, domaine du comte de Provence, frère du roi Louis XVI que l’on appelle aussi Monsieur. Les Comédiens-Français resteront à l’Odéon jusqu’en 1793, date à laquelle la troupe est dispersée (elle sera reconstitué en 1799 à la salle Richelieu près du Palais-Royal). Aujourd’hui, l’Odéon-Théâtre de l’Europe est un théâtre national public.

Dans Le vent des Lumières

La cour de la Comédie-Française ne désemplissait pas depuis l’aube, bien que la vente des billets n’ait lieu qu’à partir de quatre heures de l’après-midi. La foule s’étendait jusqu’à l’enceinte des jardins du Luxembourg et bouchait la rue qui rejoignait la Seine1. Paris semblait en émeute : personne ne voulait manquer la première représentation publique de La Folle Journée ou le Mariage de Figaro en ce mardi 27 avril 1784.

Les grandes dames avaient dépêché leur valet de pied depuis onze heures du matin pour prendre les billets. L’avare Mme de Talleyrand avait même payé triple loge… Plus de trois cents personnes dînaient maintenant sur place, tant bien que mal, pour ne pas perdre le fauteuil si durement acquis.

Lorsque la duchesse de Flogeac arriva, vers les cinq heures, elle constata que Beaumarchais pouvait déjà savourer son succès. Il y avait là un brillant cordon de premières loges : la princesse de Lamballe, la princesse de Chimay, Mme de Laascuse, la marquise d’Andlau, Mme de Châlons, Anne de Balbi, maîtresse de Monsieur, Mme de Simiane, Mme de La Châtre… Elle vit aussi Charles du Paty, qui fondit sur elle comme un aigle en chasse, avec son ineffable sourire.

— Ma bonne amie, quel plaisir de vous revoir ! s’exclama-t-il.

— Monsieur du Paty, tout le plaisir est pour moi, fit Éléonore en lui présentant sa main. Qui donc est cette gracieuse personne que vous chaperonnez avec tant d’importance ?

Elle désignait du regard une jeune fille au corps droit, élancé, de jolie taille, qui se tenait en retrait du parlementaire avec l’élégance naturelle des belles aristocrates mais sans mollesse ni fragilité.

— Ah, madame, c’est ma nièce, répondit-il en la faisant passer devant lui. Sophie de Grouchy, Éléonore de Flogeac.

La jeune fille lui fit une petite révérence et la duchesse sourit, charmée par l’audace des yeux vert émeraude et la fraîcheur des joues rondes.

— Monsieur votre oncle ne tarit pas d’éloges sur vous, mademoiselle. Je serai heureuse de vous accueillir chez moi, quand vous le souhaiterez…

— C’est que je ne reste pas à Paris, madame, répliqua Sophie avec un beau sourire. Je dois entrer au chapitre noble de Neuville-en-Bresse après l’été.

— Oh, quel dommage, lâcha Éléonore.

— C’est le meilleur moyen pour m’assurer une dot, selon mon père, confia la demoiselle. Je redoute de m’y ennuyer, ce doit être monotone… La discipline n’y est pas très stricte mais j’ai peur de ne parler qu’avec des femmes… et d’aliéner ma liberté !

— Ne vous inquiétez pas, assura Éléonore, conquise par ce bon sens et cette fraîcheur qu’elle dégageait. Je suis sûre que monsieur du Paty veillera à ce qu’on ne vous gâte pas l’esprit chez les chanoinesses ! En tous cas, n’hésitez pas à venir me visiter dès qu’on vous aura libérée de Neuville, mademoiselle. Vous serez toujours la bienvenue.

— Allons-y, Sophie, intervint du Paty. Nos places nous attendent. À bientôt, chère amie…

Éléonore hocha la tête et rassembla ses lourdes jupes de soie pour se faire conduire jusqu’à Beaumarchais qui se cachait dans une loge grillagée depuis laquelle il pouvait discrètement mesurer l’étendue de son triomphe. Il accueillit la duchesse avec un franc sourire et la prit dans ses bras, ému comme un jeune premier.

— Ah, Éléonore, si vous saviez à quel point je suis heureux ! Regardez, regardez tout ce monde venu voir mon Figaro !

— Pourquoi vous être soustrait aux regards de la foule ? s’exclama la jeune femme. Tous ces gens ne rêvent que de vous féliciter avant même d’avoir vu la pièce !

— Ma foi… Je crains que le public ne tourne mal et ne prenne le texte comme il le faudrait.

— Voyez vous-même, Augustin, fit Éléonore en désignant la salle archi-comble. Vous avez tort d’avoir peur : vous avez déjà gagné !

L’auteur sourit en regardant le parterre, pour une fois garni de banquettes ; les loges craquaient. Le théâtre avait profité de l’occasion pour doubler le prix des places. Malgré cela, on jouerait à guichets fermés.

1 Les Comédiens-Français s’étaient installés depuis 1782 dans l’actuelle salle de l’Odéon. Ils y resteront jusqu’en 1799.

Voilà, ce petit tour au XVIIIème siècle est terminé, j’espère qu’il vous a plu et vous donnera envie, lors de votre prochain passage à Paris, d’aller flâner du côté de ces beaux bâtiments… N’oubliez pas de vous abonner si vous voulez ne rien rater de mon actualité !