5 indiscrétions à propos d’Oraison pour une île…

Tiens, on parle encore de mon 2ème roman cette semaine ? Ce n’est pourtant pas mon actualité la plus brûlante (j’en ai écris 2 autres depuis et je suis en train d’écrire le cinquième…). En fait, il y a une raison (qui vous fera sourire, sans doute !) et cette raison m’a fait penser que vous aviez peut-être envie d’en savoir plus sur les coulisses de ce roman. On y va ?

Le roman a-t-il eu toujours ce titre ?

Non, c’est un de mes romans qui a changé le plus de titre au cours de sa vie 🙂 . Vu que je l’ai commencé lorsque j’étais ado, il a évolué en même temps que moi (et que son contenu – voir l’indiscrétion 3). Pêle-mêle il s’est appelé :

  • Pages blanches
  • Il est temps de vivre
  • Granites (avec le « e » !)
  • Sans ailes
  • Oraison pour un ange

Pour finalement prendre son titre actuel : Oraison pour une île. D’ailleurs, je n’exclue pas de rechanger encore le titre, car je finis par penser que le mot « oraison » fait fuir des lecteurs : trop compliqué, trop religieux, trop funèbre… Pourtant, le terme d’oraison ne s’applique pas qu’à une prière funéraire, j’avais choisi ce mot car il reflétait bien l’hommage que le texte rend à l’île de Bréhat, mais aussi à cause de l’histoire de Joshua.

L’autre titre auquel je pense est « De l’autre côté » : il se justifierait à plus d’un titre, par rapport à la fin du roman, par rapport au statut de Joshua mais aussi en référence à l’expression qu’utilisent les Bréhatins  (ils disent ne disent jamais qu’ils vont sur le continent, ils disent qu’ils vont « de l’autre côté »). Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites-le moi en commentaire !

Le prix Draftquest/Librinova obtenu en 2015 était-il le premier pour ce roman ?

Eh bien non ! Une des versions du roman, à l’époque où il s’appelait « Granites » a obtenu le premier accessit dans la catégorie Romans du Concours international littéraire d’Arts et Lettres de France. C’était en 2004, la remise des prix m’avait permis de découvrir Bordeaux. C’était aussi mon premier prix littéraire, j’étais fière comme une jeune première !

Diplome OPUI

Pourquoi le roman est-il si court ?

Parce qu’il a été trèèèèèès long. Trop long, même. Les versions précédentes faisaient le triple de celle qui est en vente aujourd’hui, mais ça partait trop dans tous les sens. Erreur de débutant : on veut dire plein de choses, trop de choses. Finalement on s’y perdait.

Versions OPUI
Quatre boîtes d’archives rien que pour les différentes versions d’Oraison pour une île

Cela dit, je n’exclue pas de proposer une réécriture du roman avec des chapitres supplémentaires, qui permettent notamment de mieux connaître le passé de Caroline (c’est une « critique » qui revient souvent chez mes lecteurs : pourquoi en est-elle arrivée là ?). Moi je le sais (normal, je suis l’auteur !) mais je n’avais pas envie de raconter sa vie d’avant. Sauf que manifestement, ça manque. Idem pour Joshua : il manque des éléments de sa vie antérieure pour le cerner complètement… et le rendre peut-être moins « évanescent » 🙂 . Qu’en pensez-vous ?

Pourquoi cites-tu Bono, le chanteur de U2, dans tes remerciements ?

Remerciements OPUIPour ceux qui ne le savent pas encore, je suis une grande fan de U2 et je me suis rendu compte que certaines paroles de chansons entraient curieusement en résonance avec le texte de ce roman.

Je dois avouer aussi que la dégaine de Bono dans les années 87-89 a fortement inspiré l’image que je me fais de Joshua (mais c’est mon image personnelle, vous avez tout à fait le droit de ne pas la partager !) : physiquement, mais aussi sa manière de bouger, ses allusions à la foi, la philosophie, son côté faussement mégalo… etc. Personnage très ambivalent qui m’a amusée (séduite aussi, un peu :p ). Si je publie ce billet aujourd’hui, c’est parce que c’est l’anniversaire de Bono (ça m’amuse 🙂 ).

Bref, en relisant mon manuscrit, j’ai découvert que certaines de mes phrases étaient d’exactes traductions d’extraits de chansons… Je ne sais pas si c’est le subconscient qui agissait mais je me suis amusée à les conserver dans la version finale, d’abord comme un clin d’oeil au groupe, mais aussi parce que ces mots, finalement, s’appliquaient parfaitement à ce que je voulais faire passer.

Allez, on joue ? 😉

Les sentiers se croisaient et s’entrecroisaient continuellement en formant des boucles et des détours. À chaque fois, Caroline prenait une direction pour atteindre un endroit précis… et débouchait ailleurs. Sa promenade se construisait ainsi, au fil des imprévus, au hasard des découvertes. Elle avait bien pris une carte, mais les lieux-dits n’étaient pas signalés sur les chemins, à part les sites remarquables. Partout ailleurs, les villages, les hameaux, les rues n’avaient pas de nom*. Se repérer relevait de la navigation savante à la boussole et Caroline, enchantée, jouait à se perdre sans risques.

*Where the streets have no name, 1987.

— Je suis là !
Une ombre passa sur le plafond, au-dessus de Caroline endormie sur ses feuilles noircies d’encre. Ému, Joshua la regardait, sans oser se manifester.
Pourtant, ce qu’il lisait par-dessus son épaule remuait tout ce qu’il y avait de plus humain en lui, ce qu’il essayait désespérément d’étouffer depuis toutes ces semaines, pour ne pas faillir à sa mission. Mais il n’avait plus goût à rien, lui non plus. Il passait souvent de longues heures à la regarder. Simplement la regarder.
Rien n’avait changé. Sa fuite n’avait fait qu’empirer les manques. Elle sentait son ombre… et lui n’arrivait plus à la quitter.
Mais cette proximité intangible ne lui suffisait plus*.

Ce n’est pas proprement un extrait, mais la scène me fait penser au clip de Stay (Faraway, so close !) sorti en 1993, lui même inspiré de l’univers du film éponyme de Wim Wenders, qui est la suite des Ailes du désir (je vous conseille les deux, ces deux longs-métrages sont d’une poésie absolue).

Sur un rocher surplombant la mer, Caroline défiait les nuages gris, tournée vers le large. Les vagues commençaient à asperger ses pieds nus. Elle ne bougeait pas, les yeux clos, comme en attente.
Tu n’as rien à m’offrir… mais moi je n’ai plus rien à perdre*, cria-t-elle en direction du ciel avec un sourire baigné de pluie.

« Nothing to win, and nothing left to lose » (in With or without you, 1987… bon, vous la connaissez, celle-là ! 🙂 )

 

Le trémolo de cette voix ténue blessa le cœur de Cordélia. Un goéland passa en vol plané devant elles. Caroline soupira longuement et ferma les yeux.
— On ne recommence jamais une vie, vous savez, lâcha brusquement la jeune femme au bout d’un moment. On continue seulement. Il y a toujours du passé, des traces, du vécu… toutes ces choses qu’on ne peut laisser derrière soi*.

« All that you can’t leave behind » (in Walk on, 2000), c’est aussi le titre de l’album sorti en 2000.

A qui s’adresse la dédicace ?

À mes ombres,
celles qui se reconnaîtront,
et celles qui s’ignorent.

Mes ombres, ce sont tous ceux qui ont eu (ou ont encore) de l’importance dans ma vie. Il y a ceux qui ont été/sont importants tout en le sachant parce que je le leur ai dit… et puis ceux qui sont importants pour moi sans qu’ils l’aient jamais su.

Vous n’en saurez pas plus 😉

J’espère que ce billet en forme de clin d’oeil vous aura plu, en tout cas je me suis bien amusée… Maintenant je retourne à la relecture du Vent des Lumières !

 

 

Publicités

[Braconnages] U2, by U2

9c320adeafe48192eb33ecbdd9d6174f_large

Quelques personnes m’ont confié avoir beaucoup aimé la musique du teaser d’Oraison pour une île… Il s’agit d’Every breaking wave, le second single du dernier album de U2, en version acoustique. ça m’a donné envie de revenir sur ces braconnages, écrits depuis bien longtemps dans mon cahier. Car je suis fan de U2 depuis… en fait depuis mon adolescence mais je ne m’en suis rendu compte qu’à 30 ans (mieux vaut tard que jamais !). Ado, j’aimais bien mais sans être une aficionados. Je me souviens avoir acheté l’album All that you can’t leave behind en 2000, lors de mon congé maternité. Et, dans la foulée, un « vieil » album, le mythique Joshua Tree. Et là, la claque : j’ai redécouvert des mélodies qui avaient bercé mon enfance et mon adolescence (notamment Where the streets have no name, une chanson dont, curieusement, mon cerveau avait enregistré les accords de guitare du début mais pas le nom du groupe ni celui de la chanson…). J’ai fini par acheter toute la discographie et depuis je suis fan, de la musique évidemment, de la voix  de Bono, assez unique en son genre, quoiqu’on puisse en dire, de leur inventivité dans les concerts. J’ai aussi un grand respect pour Bono et sa manière d’appréhender le monde et les choses, son engagement… Ces braconnages, comme ceux de la biographie de Bono, sont une sorte d’hommage (qui passera sûrement inaperçu à leurs yeux !).

  • La jeunesse ose se poser les grandes questions, s’interroger sur la mort et la nature insaisissable de ce qu’est qu’être un homme ou une femme. (Bono)
  • L’état présent des choses ne le démontait jamais, car il réfléchissait déjà à l’étape suivante. (Edge, à propos de Bono)
  • Les paroles n’étaient pas une priorité absolue (…) même si un morceau dépotait à fond, on ne savait jamais vraiment s’il y avait des paroles. Elles étaient pour ainsi dire à moitié écrites, si bien qu’il y avait toujours un vers ici ou là qu’on saisissait mais aussi des sections entières en « yaourt » – ou « bongolese » comme on s’est mis à appeler ça dans le jargon de U2. (Edge)
  • Larry est le frein du groupe. Mais quand la fusée est sur le point de se propulser dans la mauvaise direction, on est contents d’avoir de bons freins ! (Bono)
  • Notre façon de construire un accord n’était pas banale. On n’aimait pas les accords majeurs, on les trouvait trop fougueux ; et les accords mineurs nous paraissaient trop lugubres. Alors on a dépouillé le tout pour revenir aux trucs de base, des quintes et des fondamentales. Les tierces sont devenues nos ennemies. La tierce est la note qui confère à l’accord son sexe, majeur ou mineur, alors si vous la laissez tomber, la tonalité devient ambigüe et bien plus ouverte à différentes mélodies. J’ai cherché à créer des accords sans tierces. (Edge)
  • Bono détestait l’idée que les chansons et le concert soient figés une fois pour toutes. (…) Et il y avait le fameux signe de la main gauche pour indiquer qu’on devait s’arrêter ou ralentir. (Larry)
  • On s’est lancés dans nos soirées « bal de Noël » (…) : nous avions décrété que Noël aurait lieu à la mi-juillet, on a refait la déco de McGoonagles, on a mis un sapin. C’était un moyen d’être un groupe pop, tout en étant surréalistes. On était encore loin de ZooTV mais l’inspiration était analogue : « tout ce que vous savez est erroné ». (Bono)
  • Si les chansons étaient moyennes, l’aspect théâtral détournait l’attention du public. (Bono)
  • Tous mes classeurs et mes cahiers étaient remplis d’idées de paroles, de chansons, de listes de titres, de logos pour le groupe. McGuinness se marrait quand je voulais lui montrer un truc, parce que c’était toujours sur un cahier de cours. ça commençait par deux lignes de chimie, et le reste c’était du U2. (Edge)
  • Quand quelqu’un dit « soyez vous-mêmes », qu’est-ce qu’il faut faire ? Surtout quand on ne sait pas qui on est. (Bono)
  • On comprend pourquoi les femmes sont si malignes – parce qu’elles sont obligées de l’être ; elles ont tellement plus de choses que nous à gérer. (Bono)
Pour le plaisir, trois de mes préférées enchaînées, à Boston en 2001 : Stay, suivie de Bad et enfin Where the streets have no name.